Chim Soo Kung, martyr chinois

Chim Soo Kung, martyr chinois

Iles du vent / Tahiti / Arue / Puo'oro / Pk 3,50 E

RT 2, côté montagne, chemin du repos éternel

Personnage historique

 
     

Dans les premiers jours d’avril 1869 à la plantation d'Atimaono, une rixe éclate entre des ouvriers chinois, faisant un mort et un blessé grave. Huit d’entre eux sont arrêtés, deux sont acquittés, deux condamnés à cinq ans d’emprisonnement et quatre autres condamnés à la peine capitale. Trois de ces derniers obtiendront une grâce.

Tahiti ne possédant aucune guillotine. Les autorités décident alors d’en construire une, sur les lieux mêmes du meurtre, à Atimaono. A défaut de plans, on imagine une machine rudimentaire. Puis on procède à des essais sur des troncs de bananiers, sur des chiens, enfin sur des moutons et des porcs.

L’exécution est fixée au mercredi 19 mai 1869. Par un incroyable concours de circonstances, c’est un des trois chinois qui a été gracié qui est d’abord envoyé, par erreur, sur les lieux du supplice. Heureusement pour lui, à son arrivée sur la plantation, on s’aperçoit de la tragique méprise. Il faut envoyer un express à Papeete pour faire venir le vrai condamné, Chim Soo Kung matricule 471, coolie chinois de la plantation d'Atimaono.

Le supplicié est conduit au pied de la guillotine, on lui lie les pieds et les mains, puis on le pousse sur la planche. On déclenche le couperet. Il reste immobile. Plusieurs hommes tentent de le dégager. Sans succès. La machine a été peinte la veille avec du coltar, une sorte de goudron minéral, et cet enduit a fait corps avec le bois, si bien qu’il est impossible au mouton de coulisser entre les rainures. Le chinois est retiré de sa position. Autour de l’échafaud, où se pressent de nombreux curieux, l’émotion est générale. On va chercher un charpentier qui arrive avec ses outils. Malgré ses efforts, le couperet refuse obstinément de bouger. Même à coups de masse, on ne parvient pas à le faire descendre. Enfin, avec l’aide de plusieurs ouvriers on finit par écarter les montants de la machine. La lame est dégagée, on l’a fait chuter plusieurs fois. La guillotine est prête à fonctionner. L’opération a duré près de quarante-cinq minutes durant lesquelles le condamné est resté impassible. Il est replacé sous le couperet. L’exécution est enfin terminée.

L'écrivain Jack London s’est saisi de l’affaire Chim Soo Kung dans une nouvelle écrite en 1908, The Chinago. comme un point de départ à l’exploration littéraire des thèmes de la mésentente et de la mésinterprétation, à travers l’histoire d’un coolie pris au piège d’un système combinant le capitalisme de la plantation anglaise et la législation coloniale française. Le condamné était-il réellement coupable ? Les archives de l’époque ne procurent guère d’éclaircissements sur cette affaire.

Cet imbroglio historique alimente les divergences d’interprétations qui prévalent aujourd’hui au sein de la communauté chinoise. Pour beaucoup, Chim Soo Kung s’est sacrifié alors qu’il était innocent ; il est donc le symbole unificateur de la communauté, et le martyr grâce auquel les Chinois ont pu demeurer à Tahiti. Mais ils sont aussi nombreux à remettre en doute la réalité de son sacrifice. Un autel dédié à Chim Soo Kung situé au fond à droite dans le temple chinois de Kanti de Mamao. Son mausolée qui a une forme bien particulière en fer à cheval se trouve dans la partie basse du cimetière chinois d'Arue appelé aussi cimetière du repos éternel.

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Sources

Jack London, The Chinago 1908
Anne-Christine Trémon. Mémoire d’immigrés et malemort Controverses autour du passé coolie chez les Chinois de Tahiti, Ecole des Hautes Etudes en Sciences Sociales (EHESS)


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