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Sur le haut du plateau de Makatea, le village de Vaitepaua avait des allures de ville champignon issue de la ruée vers l'or. Les travailleurs du phosphate étaient logés par la Compagnie, dans des constructions en bois bien aérées. Ils étaient regroupés par pays pour éviter les bagarres. L'île étant presque inhabitée, la Compagnie Française des Phosphates de l'Océanie fut confrontée dès le début à de réels problèmes de main-d'œuvre. Elle ne put trouver sur place que 25 travailleurs sur les 300 nécessaires, les cadres et spécialistes étant des métropolitains sous contrat. Les années suivantes apportèrent une main-d'œuvre locale un peu supérieure en nombre, mais pas en capacité. La Compagnie dut faire appel à des travailleurs asiatiques, des Japonais, bientôt remplacés par des Chinois, puis par des Annamites qui assureront la plus grande partie du travail jusqu'en 1920 : « En mars 1910 arrivèrent 26 indigènes de Manikiki, puis 21 ouvriers japonais. Devant l'échec d'une tournée de recrutement aux îles Australes en février 1911, et devant l'absentéisme manifesté au travail par les polynésiens à Makatea, la compagnie décida d'embaucher 250 Japonais de plus […] Les Polynésiens furent longs à s'adapter à un travail suivi. À la date du 12 août 1913, sur 30 manœuvres en fin de contrat, 11 seulement demandèrent à reconduire leur engagement. La mobilité du travail, le caractère discontinu de l'effort, le désir de changer de pays et d'occupation, la lassitude caractériseront longtemps la main-d'œuvre d'origine locale. » L'embauche de Polynésiens ira néanmoins par la suite en augmentant jusqu'à être pratiquement exclusive. Au moment de la guerre, une crise obligera la Compagnie à engager des Polynésiens des Cook. Après la guerre, les Polynésiens français seront plus nombreux à Makatea tandis que le recrutement dans les Australes, à Raivavae en particulier, donnera des résultats très satisfaisants. « Groupés selon leurs origines et leurs affinités insulaires, ils forment des équipes homogènes reconnaissables à des détails vestimentaires plus souvent qu'à des particularités morphologiques […] Dans les dernières années de son existence, la Compagnie employait 800 travailleurs, tous polynésiens. Avec leurs familles, ils faisaient de Makatea l'île la plus peuplée des Tuamotu, 3 000 habitants en 1960 C'est à Makatea que les Tahitiens commencent à apprendre le sens du travail industriel régulier. »