Un hommage au courage avec un petit rappel d’histoire à connaître. Situé dans l'avenue Bruat, à l'intersection de la rue des Poilus Tahitiens, s'élève le monument au morts en hommage aux soldats polynésiens décédés au combat lors des deux guerres mondiales ainsi que durant les guerres de Corée, Madagascar, Indochine et d'Afrique du nord. Les soldats indigènes furent appelés à l'époque les "Poilus Tahitiens".
Pendant la seconde guerre mondiale, près de 90 Polynésiens soldats du Bataillon du Pacifique ont trouvé la mort et un hommage particulier à leur sacrifice et à leur mémoire est rendu le 8 mai de chaque année.
Le quatorze juillet 1928, après le traditionnel Salut au Drapeau, on inaugure le monument aux Tahitiens morts pour la France pendant la Grande Guerre. Autorités locales, consuls, fonctionnaires de tous rangs, ont pris place dans la tribune. En nobles termes, le Gouverneur exalte le bataillon tahitien. Nul ne lui répond.
La reine Marau, alors, décide de parler, de laisser jaillir de son cœur les mots de remerciement que d'autres devraient articuler. Elle se lève. A pas lents, elle gagne la petite tribune que décorent des palmes de cocotier et des fleurs d'hibiscus, et là, d'une voix assurée, dans la langue des ancêtres, elle prononce cette poétique allocution :
« Vous tous qui êtes réunis pour rendre hommage à la Fête nationale française, salut et longue vie. Nous sommes en présence d'une œuvre admirable, je veux parler de ce monument, sublime emblème de la Victoire remportée par ceux qui se sont inclinés devant le devoir. Il est ici afin que reste vivant dans nos cœurs le souvenir de ceux pour lesquels Temuri, le vent de la douleur, a gémi, alors que nos cœurs angoissés attendaient... Partis là-bas, ils sont morts là-bas. Nous les avons pleurés ces chers enfants. Mais aujourd'hui leurs noms revivent. Roo, le dieu de la Guerre, fait entendre le maeva (salut) des héros. Vive la France ! Vive Tahiti ! »
A peine le dernier cri s'est-il éteint qu'un doux himene s'élève, comme pour bercer une dernière fois de sa mélopée les trois cents Maoris plongés en France dans l'éternel repos.