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Célèbre dancing de Tahiti, le Quinn's va animer la vie nocturne de Papeete dans les années 1960. C’était en quelque sorte une institution de la joie de vivre polynésienne, un haut lieu de la bringue et de la musique tahitienne dont la réputation a fait le tour du monde.
En 1933, le Quinn's ouvre ses portes sur le front de mer près du marché de Papeete sous la direction de « Bouzou » Frogier et de Marcelle Quinn, née Goupil. C’était une construction locale tout en bambou avec à l’entrée, deux portes de saloon encadrées par deux grands piliers sur lesquels étaient sculptés des tiki. A l’intérieur, se trouvait un immense bar en bois disposé en ovale autour duquel se succédaient les boxes. Au milieu du bar, trônait l'estrade avec l'orchestre. Devant il y avait une grande piste de danse et tout à fait à l'arrière, une petite estrade pour les danseurs.
« II fallait arriver tôt car c'était plein tous les soirs » se rappellent les bringueurs. On y croisait toute la bonne société de l'île. Il y avait les meilleurs musiciens de l'époque dirigés par le guitariste Jown Gobrait. Il y avait Papillon, un très bon accordéoniste, John, un guitariste, Pierrot le saxo, les frères Alexandre, un très bon guitariste et un autre saxo. Réunis par "Bouzou" ce groupe vraiment exceptionnel de musiciens était en mesure de jouer toutes sortes de musique pour satisfaire la clientèle. Tout d'abord les locaux qui désiraient des valses tahitiennes et des tamure, les touristes qui voulaient entendre du Pop ou du Jazz, et les plus jeunes qui souhaitaient du Rock du Frug, du Watusi et d’autres Swim dances des années sixties. Mais bien sûr, ils adoraient tous la Rumba et le Cha-cha. Régulièrement des clients qui avaient quelques talents de musiciens venaient jouer avec l’orchestre.
Les serveuses du Quinn's, que l’on les appelait les «Quinn'seuses » ou moins gentiment les « pouffiasses » étaient toujours bien habillées et serviables. Quand les « pompons rouges » arrivaient, ils s'accaparaient les plus belles et restaient souvent avec elles toute la nuit.
Au Quinn’s, la bière locale Hinano était de loin le best-seller. Venait ensuite un Whisky qui s’apparentait au Scotch, puis le célèbre Punch au vin rouge, fait avec des citrons verts, du sirop et du bon gros vin rouge français. Pour les touristes, le Punch au Rhum était le grand favori, mais il était assez surprenant de voir que de nombreuses filles de Tahiti ne buvaient pas.
Les portes de ce haut lieu de la bringue tahitienne se sont fermées définitivement en 1973 au grands regrets des noctambules.
Bernard COVIT : Quinn’s Tahitian Hut Michel TEHAI