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Le bar Lafayette, qui était situé au pied de la montée du col du Tahara'a, côté montagne, fut de 1960 à 1973 un haut lieu de bringues, notamment de 23h à l'aube après l'heure de fermeture du Quinn's et des boites de nuit de Papeete.
Charles, un nostalgique raconte ses mémorables soirées :
"Imaginez une grande cabane, bâtie sur pilotis. Un toit; pas de murs. La brise la traverse, salée lorsqu'elle vient de l'Océan, sucrée quand elle a passé sur les jardins. Il est minuit. Pas une table, pas une chaise de libre. L'orchestre composé de guitares, flûtes, calebasses est installé au centre, dans une rotonde. Les danseurs tournent autour. Ils tournent lorsqu'il s'agit de fox-trot, de bostons ou de javas ; mais, pour le upa-upa, on ne tourne plus. On regarde. On regarde les trois ou quatre tahitiennes assez savantes et assez excitées pour se produire en public.
Le upa-upa est, surtout, une danse du ventre ; mais les gorges et les croupes participent au mouvement. Cela commence sur un rythme très scandé, mais assez lent, qui s'accélère. La danseuse, les cheveux pendant jusqu'aux genoux, les bras frémissants, le torse secoué d'une houle orageuse, les orteils crispés au sol, entre en transes, et, finalement, c'est une sorte de possédée qui se débat devant vous. Cette danse est un aphrodisiaque irrésistible.
On dit que l’homme qui emmenait une tahitienne après le upa-upa était volé : la fille avait déjà pris, par sa danse elle-même, tout son plaisir."
Louis Charles Royer, Les femmes tahitiennes 1939 (commentaires et illustration)