Un travail colossal. La cathédrale des Gambier est dédiée au plus grand des anges Saint-Michel qui est également considéré comme le patron de la France. Elle a été construite au siècle dernier, sous l'égide des missionaires de Picpus, pour permettre à l'évêque de rassembler autour de lui l'ensemble de la chrétienté mangarévienne pour de grandes manifestations religieuses.
Elle a été édifiée à l'emplacement de l'ancien temple des idoles, ‘are tapere’, que le roi Matua avait permis d'utiliser comme église provisoire dès 1835.
La première pierre fut posée le 17 janvier 1839 et dès avril 1841 la construction est quasiment terminée. Le père Cyprien écrira : “ Nous sommes à la toiture de Mangareva qui sera toujours la cathédrale de l’Océanie. Elle ne nous a coûté aucune dépense si ce n’est le fer et les outils". La cathédrale est construite en pierres de corail recouvertes d'un enduit à la chaux corallienne. Le frère Gilbert a fait seul la maçonnerie avec une quinzaine de mangaréviens. Du récif à quatre lieues en mer, il y a eu 304 grands radeaux de pierres et pour ce travail deux ou trois morceaux de fer et des leviers de bois”. C'est par radeaux tirés par une vingtaine d'hommes qu’ont été transportés les blocs des carrières de Tahuna, Tékava et Konaku, situées à plus de 16 kilomètres de Rikitea.
Les 18 colonnes en pierres de corail taillées supportent une voûte tissée en roseaux recouverte de chaux appuyée sur une solide charpente en bois de uru (arbre à pain) reliées avec du nape (bourre de cocotier tressée). La couverture est réalisée en feuilles de cocotier tressées et en feuilles de pandanus. Les décorations intérieures sont impressionnantes.
L'église bénite le 15 août 1841, n'avait pas alors les deux tours et le portail, qui l'ornent aujourd'hui. Les deux clochers furent édifiés dans les années 1847-1848.
La cathédrale est fermée en 2005 pour cause d’insécurité, la charpente était termitée et la voûte présentait d’impressionnantes fissures.
En novembre 2006, lors du Conseil d’orientation pour le suivi des conséquences des essais nucléaires, le maire des Gambier, Monique Richeton, propose sans hésiter la restauration de la cathédrale Saint-Michel comme « compensation » pour les Gambier en réparation aux préjudices de 30 ans d’occupation militaire. Cette demande surprend les interlocuteurs de l’Etat, soucieux de la laïcité inséparable des actions de la République. Mais les lois de séparation de l’Eglise et de l’Etat ne s’appliquent pas pleinement en Polynésie, non seulement dans les habitudes locales, mais aussi dans la législation propre. Mais l'utilité de cette rénovation coûteuse (4,5 M euros) financée en grande partie par l'Etat et le Pays est également contestée alors que les prémices de la crise économique commencent à apparaître.
Quoiqu'il en soit, le septembre 2009 démarre la restauration sous la baguette de l'architecte des bâtiments historiques métropolitains Pierre-Antoine Gatier, qui s'était engagé au départ de respecter les principes de construction et les matériaux d’origine. Mais les difficultés pour se procurer ces matériaux et pour trouver une main d’œuvre qualifiée l'ont contraint à utiliser d’autres solutions techniques moins "locales" comme une curieuse toiture en cuivre.
Le 3 décembre 2011, la cathédrale sera réouverte au culte en présence des personnalités religieuses et politiques du Pays.
LAVAL Mémoires pour servir à l’histoire de Mangareva. Société des Océanistes 1968
Frère SOULIE, Mon clocher Mangareva. p 58
Père ODEE, Tahiti 1834-1884 Bâtisseurs d’églises p 332.
Moruroa, Mémorial des essais nucléaires français. www.moruroa.org
Photos Olivier Babin : 1 et 2 : la cathédrale après sa restauration avril 2012.
3 : la cathédrale dans sa robe bleue traditionnelle en 2000