Tahiti Heritage

Marae Tupuhaea de Hamuta – Pirae

Marae Tupuhaea de Hamuta - Pirae Tahiti

Marae Tupuhaea de Hamuta - Pirae Tahiti

Le marae Tupuhaea, situé au fond de la vallée de Hamuta à Pirae, est un lieu de culte sacré, tombé dans l’oubli depuis plusieurs siècles. Il a été restauré par l’association Te Hivarereata puis re-sacralisé le 26 décembre 2000. Régulièrement, l’association y organise des cérémonies 

L’existence de ce marae était à peine connue et son histoire encore moins. Toutefois, lors de la réalisation de travaux de pénétration pour y faire des forages et captage d’eau dans les années 80, ce site a été repéré et répertorié par le service archéologique du territoire. D’après un géobiologue, le marae aurait été désacralisé il y a 143 ans, soit en 1875.

Des rumeurs ont toujours couru sur l’existence d’un ou deux marae dans la vallée de Hamuta avec quelques noms tels que :

  • Te moa ta’i navénavé (le coq au chant mélodieux),
  • Tafano (nom d’un arbre),
  • Te moa a hiro (le coq de hiro) etc..

mais ces mêmes rumeurs situaient ces vestiges plus en aval, dans la zone actuellement habitée, et dont on n’a plus aucune trace.

Cérémonie de re-sacralisation du marae Tupuhaea

Le marae Tupuhaea fut re-sacralisé (faoafa’atu) à la nouvelle lune (hirohiti), le 26 décembre 2000 dans un esprit de sincérité fidèle aux traditions anciennes, afin de lui restituer les fonctions dignes de répondre aux sollicitations des personnes désireuses d’approcher la mystique et la spiritualité ancestrales soit par de simples recueillements soit par la pratique de rituels liés à l’ancienne culture ma’ohi.

Son nom « Tupuhaea » a été choisit par les membres de l’association.

Cérémonie de re-sacralisation du marae Tupuhaea de Hamuta en 2000

Cérémonie de re-sacralisation du marae Tupuhaea de Hamuta en 2000

Maoaraa matahiti au marae Tupuhaea

La fête de Maoaraa Matahiti, parfois appelée Parara’a Matahiti est une célébration qui était organisée entre février et mars, au moment où les productions vivrières et fruitières sont à leur pic. La période propice est identifiée par la floraison des a’eho (roseaux de montagne). Lors de cet événement, on célèbre et remercie les dieux d’avoir su donner en abondance les produits de la terre et de la mer.

Jadis, les tupuna avant de commencer le travail de récolte et de la moisson, organisaient cette cérémonie pour remercier leurs dieux :

  • To’a Hiti, le dieu de la forêt et des produits de la terre ;
  • Ruahatu, le dieu de la mer, qui donne la prospérité aux produits de la mer ;
  • Atea, le dieu de la pluie et du vent ;
  • Puna Moevai, le dieu des sources et d’eau.

Les opunui (officiants) de l’association Te Hivarereata commencent la cérémonie avec un orero (récitant) vantant la générosité et la bienveillance du dieu To’ahitimatanui (dieu de l’agriculture). Après un chant en groupe encourageant le respect du monde végétal, les participants déposent des offrandes de fleurs, fruits, légumes et d’autres produits de la terre et de la mer.

Le feu est ensuite mis à des bouquets de plantes et fleurs. Les participants doivent alors se « sacrifier » en frappant les deux mains sur des fleurs enflammées, et ainsi partager la souffrance que la nature subit à cause des hommes.

« Le but est de dire au peuple de respecter sa terre et sa nature » explique Théodore Tetuaetara.

Cérémonie au marae Tupuhaea

Le tahu’a Sunny Moana’ura Walker au marae Tupuhaea

Le retour au fenua du tiki Ruahatutinirau

Lors des cérémonies sur le marae Tupuhaea, sont régulièrement sollicités deux divinités polynésiennes :

  • Ruahatutinirau, le dieu de l’océan
  • To’ahitimatanui, le dieu de la végétation

Le tahu’a Sunny Moanaura Walker nous raconte ses étranges rencontres avec deux tiki, qui représenteraient ces dieux :

« Au hasard d’un déjeuner entre amis, en janvier 2001, l’un des convives prit la parole pour se plaindre de la présence d’un tiki dans sa maison héritée de ses parents. L’homme désirait se séparer de cet objet car, selon lui, ce tiki était à l’origine de nombreux malheurs subis par sa famille. Je me suis proposé de le récupérer. Le propriétaire, soulagé, accepta sans difficulté.

Deux jours plus tard, je me rendis dans cette maison, fis un rituel consistant à rapatrier  l’ensemble des énergies dispersées dans le tiki, puis de l’inviter à quitter définitivement la maison. Ensuite, avec le tiki en mains, je suis allé à une plage non loin de là, pour le purifier avant de le poser sur notre marae.

Quelques semaines plus tard, j’apprends par une vieille personne faisant partie de la famille de l’ex-propriétaire du tiki, que le découvreur de l’objet n’est autre qu’un membre de ma famille (quatre générations en arrière). Il a été trouvé dans une grotte sur la côte ouest de Tahiti, et semble t-il, représente une divinité marine. Il a ensuite été offert à un chercheur qui l’a emporté avec lui en métropole. C’est là-bas, loin de son fenua, que le tiki a commencé à « bouder » au point d’incommoder la vie du chercheur. Celui ci n’en pouvant plus a décidé de le restituer à un de ses amis résidant à Tahiti, aïeul de la personne qui m’a confié le tiki.

Riches de ces éléments d’histoire, nous primes la liberté de considérer cette pierre anthropomorphe comme étant la résidence de Ruahatutinirau (le Neptune polynésien).

Dans notre esprit, le prochain tiki qui viendra à notre rencontre ne pouvait être que To’ahitimatanui.

L’étrange découverte du tiki To’ahitimatanui

Sunny Moanaura Walker enchaine :

 » Près de deux années plus tard, le 22 aout 2002 exactement, une amie me présente une personne venue d’Europe, universitaire, très branchée mysticisme et chamanisme. Nous décidons rapidement de nous rendre sur le marae Tupuhaea pour méditer et si possible nous « connecter ». Cette séance a été pour moi, d’une rare intensité, mes airs de vivo (flûte nasale) rythmaient les étapes vers les profondeurs du pô (monde des esprits). La séance n’a duré que 30 mn mais j’ai gardé les effets pendant trois jours.

Le lendemain, 23 aout 2002, je me rends dans ma plantation de la vallée de Hamuta, mais un peu évanescent je n’arrivais pas à travailler correctement. Je décide de rentrer et en chemin, mon attention est attirée par un gros rocher, que je trouvais pourtant banal au paravent, mais qui ,ce jour là, m’attirait. Je quitte le chemin pour venir le scruter et le palper, mais ne ressent rien de particulier. Je marche encore une quinzaine de mètres vers un sous-bois et m’arrête pour soupirer. Soudain en baissant les yeux, il était là, entre mes pieds, c’est To’ahitimatanui couché sur le côté à demi enfoui dans la terre argileuse.

Nous l’avons intronisé trois mois plus tard, le 11 novembre 2002.

Quelques temps plus tard, une mama de la presqu’île me supplie de lui prêter « temporairement » le tiki, pour le besoin des études de sa fille. A contre-coeur, je lui confie le tiki en pesant le récupérer rapidement. Quelle bêtise je fis, car elle refuse de le rendre et cela depuis bientôt 10 ans. »

Tiki contemporain provenant des Iles sous le vent

 Le tiki Ruahatutinirau (le neptune polynésien)

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Sources :

Sunny Moana’ura Walker – Association Te Hivarereata – 2006


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