Lors d’une nuit tragique de juin 2007, l’ancre du Belthel II dérape et malgré la résistance de l’équipage le voilier est drossé par les grosses vagues et s’échoue sur la plage de Ahe, près du Cocopearl lodge.

Un ancien pilote d’Air Polynésie à la retraite, Pierre L. décide avec son épouse Chantal de retourner à Tahiti, mais à la voile cette fois. Ils partent du sud de la France à bord d’un superbe voilier, un Dynamique 58 baptisé  » Bethel II« . Après huit mois de navigation, ils arrivent aux Tuamotu du Nord.
Chantal raconte cette nuit tragique du 20 juin 2007 :

« Le voilier au mouillage près de la passe, l’ancre est prise dans les patates de corail et la nuit commence à tomber. A 1h du matin une lueur étrange, rouge, illumine ma cabine, je saute du lit et monte sur le pont et je vois Pierre, mon mari, une fusée de détresse dans la main.
– mais que se passe t-il ? je lui demande toute endormie.
– La chaîne de l’ancre de secours a cassé et j’ai bien peur qu’avec cette petite houle qui se lève, nous risquions d’avoir des problèmes.
La première fusée ne servira à rien, la deuxième et troisième suivront le même chemin, nous sommes vraiment au bout du monde. La houle s’est levée et cela n’a rien de rassurant. La chaîne de l’ancre est tendue et houle tire frénétiquement dessus. On commence à s’inquiéter.

A 3 h 30, la chaîne casse, nous perdons notre deuxième ancre. La houle fait dériver le bateau. Pierre accourt, allume le moteur bâbord, mais au moment d’embrayer, il cale, l’hélice est déjà bloqué dans les patates, nous avons l’espoir que le moteur tribord soit dégagé, mais non, lui aussi est bloqué dans ces satanées patates. Nous ne savons plus quoi faire, la coque du bateau tape inlassablement dans les coraux, que nous savons tranchants comme les « dents de la mer »

J’attrape la valise et l’unique sac que nous avons à bord. J’appelle à la radio, tous les canaux y passent : « Mayday, Mayday » Rien, ma voix se noie dans la nuit. L’eau monte, monte, l’eau est à fleur du plancher et en 5 minutes nous avons l’eau aux genoux. Je pleure, je ne comprends rien de ce qui nous arrive, j’attrape les photos accrochés au mur du carré (pourquoi, je ne sais pas !) Et l’eau monte, monte………..

Le couperet tombe, Pierre me dit : « Prends les passeports, les bijoux » et me fait enfiler un gilet de sauvetage, puis me crie : « Allez, viens, il faut partir !» J’ai peur, je pleure… »

C’en est fini de la belle aventure du Bethel II, qui avait été acheté neuf dans les années 80, plus de 300 millions de CP. Le navire est déclaré « épave. » Un jeune perliculteur d’Ahe, intéressé par la coque, décide de prêter main forte aux naufragés. Le Bethel II lui est cédé pour le franc symbolique, à condition de le sortir de son écrin de corail. Pendant un mois, avec les rares moyens dont il dispose, Elvis le paumotu, va préparer son opération de renflouage. Son matériel se résume à 60 fûts (drums) de 200 litres, 300 mètres de corde, 200 mètres de chaîne, un moteur de hors-bord de 250 chevaux et 8 cocotiers ! Le 21 septembre 2007, Elvis a réussi son pari, et pendant 8 heures il le tracte jusqu’à la plage devant son fare.

Mais malheureusement, la mévente des perles pousse Elvis à abandonner sa ferme perlière. Depuis bientôt quatre ans, le Bethel II est planté sur la plage de Ahe et subi les intempéries devant les bâtiments abandonnés eux aussi. Le mât résiste encore mais combien de temps ?

Cette histoire triste rappelle que cet archipel mérite bien son nom d’Archipel dangereux.

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Source :

L’odysee du Bethel II : http://lebetheldeux.canalblog.com/ (extrait et photos)
Blog Sylvie-Anne à Tahiti 

 


2015-07-12T16:52:39+00:00Categories: Ahe, Patrimoine maritime, Tuamotu|