L’archéologie industrielle, souvenir de l’épopée du phosphate, de cette île du bout du monde, Makatea, qui au début du 20e siècle a mis un pied dans la civilisation industrielle, est omniprésente.

Economie et Ecologie

Les friches industrielles (port, installations diverses, logements) et les puits d’extraction, dont l’importance historique et humaine est mondialement reconnue, nécessitent d’être mises en valeur. La végétation, qui a repris le dessus en recouvrant en partie ces vestiges, accentue d’autant plus le contraste entre les mondes naturels et industriels. Or cette approche, pour concilier ces deux sciences que sont l’économie et l’écologie, contradictoires au point de vue de la rentabilité et de la productivité, est celle de nombreux groupes de pensées de part le monde.

L’épopée du phosphate dans cette optique est particulièrement enrichissante et devrait servir de base de réflexions à de nombreux industriels.

La Compagnie française du phosphate

La présence de phosphates à Makatea fut décelée par le Capitaine Bonnet vers 1860, mais ce n’est qu’au début du 20ème siècle, que l’exploitation fut lancée. Le phosphate présentait alors un nouvel enjeu économique car il entrait dans la production d’engrais azotés indispensables à des terres pauvres en sels minéraux et servait de base de production aux explosifs nitrés.

Etienne Touzé, ingénieur des Travaux Publics à Papeete, créa le 2 octobre 1908 la Compagnie Française des Phosphates de l’Océanie (CFPO), qui obtint en 1917 la concession de l’exploitation minière de toute l’île. L’atoll de Makatea, seul endroit de Polynésie où la production et les échanges prenaient une ampleur à l’échelle des réalités du monde économique moderne, rayonnait au début du 20ème siècle sur tout le pacifique.

le quart des recettes budgétaires de la Polynésie française

La Compagnie Française des Phosphates d’Océanie versait à elle seule 28 % des salaires du secteur privé et assurait le quart des recettes budgétaires de la Polynésie française en 1966, à la veille de l’abandon. En dehors de la population de Makatea, 200 personnes à Papeete et 500 aux Australes et aux îles Sous-le-Vent vivaient de l’activité de la CFPO. L’ensemble des salaires était supérieur à 100 millions de F cfp par an. La CFPO achetait en Polynésie pour 20 millions de CFP par an environ de marchandises, en importait pour 25 millions de Métropole et 27 de l’étranger.

Le total des impôts et taxes diverses que la Compagnie payait chaque année a pu représenter jusqu’à 24,5 % du budget du Territoire.  Les Phosphates de Makatea ont tenu le premier rang des exportations pendant plus de 15 ans, apportant plus des 3/4 des devises reçues par le Territoire puisque les ventes se faisaient en monnaies étrangères.

Makatea sera abandonnée en 1966. En quelques semaines le personnel plia bagages, abandonnant tout le matériel sur place et laissant la cité minière à l’état de ville fantôme.

Lire également : Circuit du phosphate à Makatea

Commentaires

Source :

ANGLADE M., 1966. L’île des phosphates à la veille de la fin. Journal La Dépêche, Tahiti, novembre.
DANTON H., 1992. Makatea. Bulletin de la Société des Études Océaniennes, Paris, n° 258-259.
DOUMENGE F., 1963. L’île de Makatea et ses problèmes. Les cahiers du Pacifique, Paris, n° 5.


2018-08-14T15:41:20+00:00Categories: Archéologie industrielle, Makatea, Tuamotu|