Le minerai se trouvait sur l’île de Makatea sous forme de sable phosphaté, parfois de blocs durs, quelquefois formant des couches stratifiées peu épaisses en affleurement à la surface du sol. Lorsque celui-ci était débroussaillé, apparaissait alors une surface plane assez régulière. Une fois enlevée la couche de sable phosphaté apparaissait enfin les feo (colonnes de calcaire dur). C’est entre ces féo qu’était extrait en profondeur le phosphate. Le phosphate de Makatea se serait développé au sein de sédiments organiques lagonaires, comme à Mataiva, puis aurait été porté à l’air libre lors du soulèvement, comme à Nauru et Christmas.

La pelle, la brouette et le seau

La nature même du gisement exigeait comme outils de travail ces archaïques mais indispensables instruments que sont la pelle, la brouette et le seau. Il s’agissait en effet de racler une multitude de petits trous que seule la pelle atteint, ou des puits pot holes parfois si étroits qu’un seau est nécessaire peur amener le minerai en surface. Le minerai continue à être acheminé par brouettes, sur des planches faisant fonction de chemins et même de ponts, jusqu’aux tapis roulants. Une technique très rudimentaire qui persistera longtemps parce que c’est celle qui permet la mesure et le comptage pour la rémunération des ouvriers.

Le convoyeur à bande promenait son tapis en caoutchouc sur des centaines de mètres en formant des bretelles et des détours de façon à relier tous les chantiers, et se chargeait alors de transporter le phosphate dans une trémie. C’est alors qu’intervenait le petit train dont les wagonnets auto déchargeur acheminaient le minerai brut vers les installations de séchage et de stockage.

Lorsqu’un coin de gisement allait être exploité, plusieurs opérations se succédaient. Tout d’abord le terrain était débroussaillé et c’était parfois de grands arbres qu’il fallait abattre. Des charpentiers préparaient et installaient ensuite les madriers qui supportaient le convoyeur. Une ligne électrique était installée.

Un ouvrier de Makatea dans un trou de 8 m de profondeur. 1965. Photo Taote Charles

Un ouvrier de Makatea dans un puits de 8 m de profondeur. 1965. Photo Taote Charles

Les ouvriers de Makatea en 1965. Photo Taote Charles

 Le minerai était acheminé par brouettes, sur des planches faisant fonction de chemins et même de ponts, jusqu’aux tapis roulants. 1965

C’était un spectacle extraordinaire !

Au milieu d’un réseau ténu et complexe de planches de 30 cm de large sur lesquelles courraient avec une adresse étonnante, parfois à plusieurs mètres du sol, des travailleurs poussant une brouette jusqu’au collecteur du tapis roulant. Tous se croissaient sans un heurt, virant sur place, repartant à la même allure vers leurs équipiers. Ces derniers, armés d’une pelle creusaient le sol, extrayaient le phosphate, récuraient le feo.  Dominant et surveillant cette fourmilière, le pointeur comptait les brouettées. C’est en effet au rendement qu’était payés les manœuvres. Groupés selon leurs origines et leurs affinités insulaires, ils formaient des équipes homogènes reconnaissables à des détails vestimentaires plus souvent qu’à des particularités morphologiques.

« On travaillait 8 heures par jour. On commençait à 6 heures et on terminait à 16h30. Il faisait très chaud sur le chantier. A tour de rôle, un homme était chargé de distribuer de l’eau à chacun. Avant, on avait pas de jour de repos dans la semaine, après on a eu le samedi  » raconte Viritua a Viritua un ancien travailleur.

Bien que rudimentaire, cette technique d’extraction donne des résultats étonnants puisque le rendement d’une équipe travaillant à la pelle atteint et souvent dépasse 5 tonnes par jour et par hommes. De 12 000 t en 1911, l’extraction passa à 251 000 t en 1929 et à 400 000 t en 1960, année record. Au total 11 279 436 tonnes furent extraites à ciel ouvert de 1908 à 1966.

L'estacade pour le transport du phosphate en 1965. Photo Taote Charles

Le convoyeur à bande se chargeait alors de transporter le phosphate jusqu’au train. 1965

Locomotive Diésel 1965

Le petit train dont les wagonnets auto déchargeur acheminaient le minerai brut vers les installations de séchage et de stockage.

Usine de traitement du minerai. Makatea

Silos de stockage et usine de traitement du minerai à Temoe

Pont transbordeur de Makatea en 1962. Photo Molet

Pont transporteur du port de Temao en 1962

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Source :

Louis Molet, 1962. Importance sociale de Makatea dans la Polynésie française. Journal de la Société des Océanistes, Paris
Correspondance de Jean Virmouneix, mutoi farani en 1947, chef de poste, c’est-à-dire gendarme.
Danton H., 1992. – Makatea. Bulletin de la Société des Études Océaniennes, Paris, n° 258-259
Pierre-Marie Decoudras, Danièle Laplace et Frédéric Tesson, Makatea, atoll oublié des Tuamotu (Polynésie française) : de la friche industrielle au développement local par le tourisme, Les Cahiers d’Outre-Mer, 230 | 2005, 189-214.
Photos Taote Charles 1965


2018-08-14T15:16:55+00:00Categories: Archéologie industrielle, Makatea, Tuamotu|