Très souvent, Haauri disparaissait sans laisser de traces. Un jour, sa femme décide de le surveiller de très près. Il finit par disparaître pour toujours à travers une fissure du récif… Voici l’histoire, tirée d’un livre des anciens de Bora Bora, des derniers jours du vieux Haauri, un des descendants de la famille royale de Tehaamarumara Arii, du marae de Nohono Houra.

Des absences mystérieuses

Sur la pointe de Puaeva, dans le district de Anau à Bora Bora, vit un couple qui a deux enfants. Le père Haauri, un des descendants de la famille royale de Tehaamarumara Arii, a depuis quelque temps un comportement étrange qui inquiète ses proches. Il disparaît souvent de la maison et personne ne sait où il va. Il reste absent de longues semaines et rentre chez lui en prenant d’énormes précautions. Un jour, sa femme décide de le surveiller.

Haauri plonge et disparait

Un matin de bonne heure, avant que les premiers rayons du soleil n’apparaissent, l’homme se prépare pour la pêche. La mère invite ses deux fils à le suivre. Le père refuse d’être accompagné, mais la femme insiste. Le père fait signe aux deux garçons de le suivre. Ils descendent donc ensemble vers la plage, prennent leur pirogue et rament. Arrivés non loin du récif, le père recommande aux garçons de pêcher aux alentours. Quand il voit ses fils occupés, il rame vers le lieu mystérieux. Il jette un dernier coup d’œil pour s’assurer que personne ne le voit. Il plonge et disparaît.

Quand les deux garçons ont terminé leur pêche, ils reviennent vers la pirogue. Ne trouvant pas leur père, ils restent de longues heures à l’attendre. Inquiets, ils le cherchent. En vain. Ils s’empressent alors de prévenir leur mère ainsi que leurs proches.

Une faille sous le récif

Plusieurs pirogues se mettent à la recherche de Haauri et longent les récifs mais aucun signe de vie. Des hommes se mettent à l’eau, espérant trouver le disparu à l’emplacement où était ancrée la pirogue. Après plusieurs heures de recherche, un des fils trouve une faille sous le récif. Les plongeurs tentent de pénétrer à l’intérieur. Mais le trou est inquiétant et dangereux. Pour y pénétrer, il leur faut de la lumière. Les hommes abandonnent finalement les recherches, persuadés que le disparu a été aspiré dans cette fissure.

Le retour de Haauri

Quelques semaines passent. Haauri revient chez lui. Ceux qui le voient sont surpris de sa présence. La femme fixe longuement son mari et lui dit : « Mon ami, nous t’avons cherché partout. Où es-tu allé pendant ces longues semaines ? Nous étions si inquiets de ta disparition ! » L’homme ne dit rien. Son regard est fuyant et il paraît très fatigué. Il tient solidement dans ses deux mains des petits hoi (ignames).

Désormais, sa femme le surveille de très près. L’homme se nourrit uniquement d’ignames crues et passe son temps à dormir. La femme de Haauri remarque l’étrange comportement de son mari. Elle cache sa nourriture. Quand l’homme a faim, il cherche ses petits hoi, mais ne les trouve pas. Furieux, il veut rejoindre sa femme, mais ne peut sortir de la maison à cause de l’éclat du soleil.

Les oiseaux sacrés viennent chercher Haauri

Dans l’après-midi, l’homme s’est affaibli. Dans sa grande détresse, il demande aux oiseaux sacrés (‘ōtu’u), qui pêchent non loin de là, de lui venir en aide. Des centaines de volatiles viennent à son secours. L’homme ne peut sortir pour les accueillir. Les oiseaux sacrés restent perchés toute la journée dans les environs. Quand la nuit arrive, les oiseaux font entendre leurs cris nocturnes. L’homme affaibli s’étend. La femme s’approche de son mari, le ligote avec une corde de pūrau (hibiscus tiliaceus) et lui enveloppe le visage d’un tapa (tissu végétal) blanc.

Aigrete sacrée. Photo MANU/J.P. Mutz

Otu’u – ‘otu’u – Aigrete sacrée. Photo SOP MANU/J.P. Mutz

A l’aube, un étrange spectacle les attend. Haauri a disparu. Le tapa qui avait servi à le recouvrir est sur les branches où les oiseaux sacrés s’étaient perchés. La femme trouve dans leur maison quelques plumes d’oiseaux. On cherche Haauri dans le village, tout autour de l’île. Mais il n’y a aucune trace de lui.

Le marae du vieux Haauri

Les deux garçons retournent voir la fissure du récif. Ils trouvent la lance de leur père plantée près du trou. Cette fissure existe encore de nos jours. C’est là que les oiseaux sacrés ‘ōtu’u se perchent encore de nos jours. Il y a sur cette terre dénommée Puaeva, quelques pierres dressées qui ont miraculeusement survécu jusqu’à nos jours. C’est le marae du vieux Haauri.

Commentaires

Source :

Légende tirée du Puta Tupuna de Charles Manutahi.
Photo Pierre Verger, pirogue à balancier, Bora Bora 1935
M.T déc 2016
Société d’Ornithologie de Polynésie – Manu : Aigrette sacrée

 


2017-11-02T16:29:30+00:00Categories: Anau, Bora Bora, Légendes îles sous le Vent|