Ruanui était un dieu qui pour passer du monde invisible sur cette terre ne trouva pas d’autre chemin que le corps d’un rori (concombre de mer). Il s’introduisit dans son intestin et arriva sain et sauf en ce monde.

Il était originaire de Faaha à Raiatea, on lui donnait pour mère Nioru et ses ancêtres étaient parmi les chevrettes (salicoques). Mais dans le passage il perdit ses cheveux et quoique de belle prestance il avait un crâne allongé, chauve et brillant de sorte qu’aucune femme ne voulait de lui. Toutes étaient effrayées à la vue de sa tête.

Cependant, par ruse et grâce à la nuit, il obtint les faveurs d’une femme qui s’appelait Teahotauniua, il lui défendit de toucher sa tête prétendant qu’il en souffrait. Le matin il se leva le premier et se rendit à la rivière pour se baigner. Mais tôt après la femme avec laquelle il avait dormi y vint aussi avec une amie. En les voyant, Ruanui plongea aussitôt pour se cacher sous l’eau jusqu’à leur départ. Mais la rivière n’était pas assez profonde de sorte que son crâne chauve dépassait la surface. Teahotauniua dit à son amie: « Quel est cet objet que nous voyons surnager? Prenons cette boule et coupons-la pour voir ce qu’elle contient».

Ruanui en entendant ces paroles sortit de l’eau et s’enfuit furieux. II alla se plaindre à sa mère de ce que sa tête était si longue et si chauve. Celle ci intercéda auprès des dieux qui changèrent la forme de sa tête, mais elle était toujours chauve. Sa mère lui dit alors: « Tu auras une chevelure, mais prends garde de bien choisir et rejette les cheveux qui ne te conviendront pas ». Tout d’abord les dieux lui donnèrent la barbe (te pito parau) de l’huître perlière, mais il n’en voulut point. Ils lui offrirent alors le poil du rat, mais il le rejeta encore. Enfin ils lui donnèrent une belle chevelure noire et épaisse et l’ajustèrent sur sa tête.

II était alors si beau que toutes les femmes l’aimèrent et la plus amoureuse de toutes fut celle qu’il avait connue. Elle désirait ardemment cet époux dont elle admirait la beauté. Sa mère lui conseilla d’aller à la rivière où elle avait vu Ruanui se baigner et de s’emparer de la première grosse chevrette qu’elle verrait et en qui elle trouverait une ressemblance avec son amant. Elle y fut, et voici, la rivière fourmillait de chevrettes. Elle retourna vers sa mère et lui dit: « jamais je ne vis chose pareille, la rivière est remplie de chevrettes, et il en arrive sans cesse. Prends en une, lui dit sa mère, étends la sur tes genoux et tu y trouveras Ruanuu. , Ainsi fit elle et elle reprit son époux.

A Tahiti, on compare cette légende à celle de Roanuu, le jeune homme chauve de Mahina.

Commentaires

Sources :

Notes du Rév. J.M. Orsmond. Société des Etudes Océaniennes bull n° 46 -1935 p 170