Les divinités du temple chinois

L’intérieur du temple chinois de Mamao est la représentation d’un bâtiment administratif officiel où siège le fonctionnaire Kanti. Devant sa statue, se trouve son bureau où sont déposées les offrandes et sur lequel sont déposés cinq objets rituels : un brûloir d’encens flanqué de chaque côté d’un vase et d’un candélabre. La pièce avec ses mûrs et plafond noirs est sombre, enfumée et parfumée par les bâtonnets d’encens qui se consument. Une atmosphère propice au recueillement. Dans le mur du fond de couleur noir se détachent trois renfoncements, des autels, qui brillent par leurs couleurs rouge et or :

  • Dans l’autel du centre, trône la statue du dieu Kanti, avec à sa gauche la statue de son fils adoptif, qui est en même temps son adjoint, et à sa droite, son écuyer porte-arme. Sur le devant, une fresque représente le Serment du Jardin des Pêchers où Guang Gong, Liou Pei et Tchang Fei, trois amis inséparables prêtèrent serment de fraternité jusqu’à la mort.
  • A droite se trouve l’autel de Tchong Ten Sou, maître taoïste chargé de chasser les mauvais esprits et d’améliorer le Feng Shui.
  • A gauche, trône l’autel de Mazu Niang Niang, la déesse de la mer et des marins qui a le pouvoir d’éloigner les catastrophes naturelles maritimes. Les pêcheurs locaux viennent demander sa protection avant leurs sorties en mer. C’est une déesse très importante en Chine où les adeptes implorent la déesse pour avoir un enfant, pour rétablir la paix, pour obtenir la solution à un problème ou pour leur bien-être général.
  • Au fond, à gauche, l’autel des cent familles, présumées originelles de toute la population chinoise en Chine.
  • A droite de la porte d’entrée, l’autel de Guan Yin, la déesse de la compassion et de la miséricorde qui est l’une des déités les plus populaires en Asie.
  • A gauche de la porte se trouve l’autel de Thi Tsou Ya, le dieu propriétaire de la terre, où repose les esprits de la terre.
  • A l’entrée du temple, siège l’autel de Tu Ti Kung le dieu de la terre (à qui on offre les gâteaux de lune) et Tuti po, le couple des divinités de la fertilité qui assure la protection de l’agriculture.
  • A droite de la porte d’entrée, l’autel de Kwan Yin Yang est dédié à la déesse de la miséricorde ou du Lotus, c’est une divinité du panthéon bouddhiste.

Trois statues du temple chinois de Papeete. Photo Guy Tcheong
Intérieur du temple chinois de Kanti à Papeete, Tahiti.
Encens au Temple chinois Kanti à Papeete.

L’autel de Chim Soo Kung

Au fond à droite se cache l’autel de Chim Soo Kung, une simple plaque noire gravée de sinogrammes pour rappeler l’histoire tragique de ce coolie chinois de la plantation d’Atimaono qui s’est sacrifié pour éviter une sanction collective de rapatriement.

Il fut guillotiné en 1869 et son mausolée se trouve au cimetière du repos éternel d’Arue. La communauté chinoise de Tahiti en a fait un martyr.

Autel du martyr Chim Soo Kung du temple chinois de Papeete. Photo Olivier Babin

Le culte des ancêtres et des esprits

Le concept de religion est plutôt occidental. Il y a cependant dans la culture chinoise, certains aspects qu’on pourrait qualifier de religieux, (culte des ancêtres, culte des esprits, croyances animistes). La religion chinoise est en fait un mélange d’influences provenant du confucianisme, du taoisme, et du bouddhisme, trois courants de pensée à caractère philosophique plutôt que déiste. L’objet du culte chez les chinois est de s’assurer la protection surnaturelle au moyen de cadeaux. Pour cela, il faut solliciter le dieu par des offrandes de toutes sortes (bâtonnets d’encens, nourriture, papier-monnaie) pour obtenir ses faveurs.

Le rituel

Avant les offrandes, la communication doit être établie avec l’au-delà. Avec le gong et le tambour, on annonce qu’on est là pour demander audience à Kanti. Pour s’assurer de sa présence, on jette des croissants en bois dont un côté est plat et l’autre bombé. L’esprit est présent quand les deux croissants tombent sur une face opposée. Localement, les croissants servent à interroger Kanti qui donne une réponse selon la position des croissants :

  • 2 faces bombées = non
  • 2 faces opposées = oui
  • 2 faces plates = incertitude.

L’oracle

Quand le destin de l’homme échappe à son libre arbitre, souvent il s’adresse à une puissance extérieure pour connaître le cours futur des événements et influer sur lui, d’où l’utilité de l’oracle pour mieux maîtriser sa destinée.

Pour obtenir un oracle, il faut secouer une boîte contenant 100 bâtonnets de bois où est inscrit un numéro. Quand une baguette tombe de la boîte, il faut l’apporter au gardien du temple qui donne en échange l’oracle correspondant au numéro de la baguette. C’est en langage souvent sibyllin la réponse de l’au-delà. Les 100 numéros représentent 100 cas de situations humaines anciennes dont l’évolution peut être mise en parallèle avec des situations actuelles.

Baguettes pour prédire l'avenir du temple chinois Kanti à Papeete.
Commentaires

Source :

Rose JONC, de l’association Te Vahine Porinetia et de Si Ni Tong  2013
Jimmy Ly de l’Association Wen Fa, Richard Chenoux et Éliane Lechene du Si Ni Tong
Ludovic Ly, Leslie Timau, Vaihau Ching, Terii Faatauira – BTS Animation et Gestion Touristiques Locales – Papeete Chinese Tour – déc 2011.
Olivier Babin, Tahiti Infos du 5 fév 2015, Le Temple chinois de Tahiti en fête pour l’année du singe.