Vehiatua est une femme qui a marqué l’histoire du Surf, à Teahupoo (Tahiti). C’était une surfeuse de grande beauté qui venait de Raiatea. Lors d’une visite à Tahiti, elle appris qu’à Teahupoo se préparait une fête pour le horue (l’ancêtre du surf).

« Vous aurez à monter sur les vagues sous les yeux de beaucoup de gens. Innombrables seront les yeux qui vous inspecteront et les langues qui vous critiqueront » disait-on.

La fête du horue

Le jour arriva. Les vagues étaient belles et écumantes lorsqu’elles venaient déferler sur le rivage. Les tambours battaient. Des jeunes filles et des jeunes garçons arrivèrent, couverts de fleurs, s’interpellant, dansant, joyeux. Ils disparaissaient sous les vagues, réapparaissaient derrière elles. Ils nagèrent aussi loin que possible, montant sur une grande vague pour se laisser porter jusqu’au rivage. Debout sur leurs planches, ils ressemblaient à des oiseaux. Des cris et des applaudissements les accueillaient lorsqu’ils arrivaient en flèche. C’était vraiment un beau spectacle.

Vague de Teahupoo. Photo Pierre Lesage

Vague de Teahupoo. Photo Pierre Lesage

Voici notre vent dît Vehiatua

Lorsque le soleil s’éleva plus haut dans le ciel, le doux vent du Sud-Ouest se leva, elle dit à ses amies :  « Voici notre vent. Regardez ! » Vehiatua et ses amies se levèrent. Elles étaient belles, elles avaient été massées et ointes d’huile. Attachant leurs feuilles de ti autour de leurs tailles et de leurs cous, elles prirent leurs planches et méprisant les quolibets, elles s’avancèrent dans la mer. Ayant nagé bien au-delà du point de départ habituel, elles attendirent une grosse vague.

Du rivage, la foule vit Vehiatua se lever comme si elle marchait sur la mer. Elle dégagea ses cheveux qui avaient été attachés serrés, les laissant se répandre sur son corps en s’écriant d’une voix qui se répercuta au loin. « Je suis Vehiatua, ite matai, l’enfant des vents, celle qui monte sur les flots de Taaroa »

Alors qu’elle venait sur les vagues, sa peau claire brillait dans l’eau, ses cheveux recouvraient tout son corps. Elle avançait avec ses amies, comme de beaux oiseaux glissant sur l’eau qu’éclairait le soleil.

Lorsqu’elles approchèrent du rivage, spontanément les applaudissements éclatèrent, la foule s’exclamait : « Quelle beauté ! Quelle beauté ! « ; et de plus en plus ils applaudissaient jusqu’à ce que tout cela résonna dans les oreilles du roi Teihe moe roa.

Jalousie royale

« Qui applaudit-on ainsi ? » demanda le roi Teihe moe roa.
 » Vehiatua ite matai, Vehiatua des vents, la belle chevaucheuse des vagues qui est venue, avec ses trois compagnes, des îles sous le vent à Teahupoo pour la compétition ». 

Allez, ordonna le roi « dites au peuple qu’il n’y a qu’un roi à Teahupoo, c’est moi, Teihe moe roa i Matahihae. Tahiti ne doit pas savoir qu’un autre que moi a été applaudi à Teahupoo. Dites à cette personne qu’à partir de maintenant elle ne s’appellera plus Vehiatua ite matai.

Désormais ce nom sera le mien. Elle doit quitter Teahupoo immédiatement ». Depuis lors, le roi prit le nom de la surfeuse, afin que les applaudissements lui reviennent.

Commentaires

Source : Hina Raurea Vehiatua te matai, œuvre de Sarahina présentée à l'exposition "Hina, déesse de la féminité", en 2007 http://sarahina.over-blog.com; Mémoires de Marau Taaroa, dernière reine de Tahiti, Société des Océanistes 1971, p 183,