La mer, qui avait été créé lisse et calme, s’ennuyait. Elle décida de bouger et de lancer ses vagues à l’assaut des terres. Mais Arai, un jeune et rusé polynésien réussit à freiner son déchainement et à arrêter sa progression.

La mer s’ennuyait

Ta’aroa le dieu créateur avait créé la mer lisse comme un immense bloc de glace, sans rides, sans mouvements. Mais la mer s’ennuyait, car ce n’est pas gai d’être une chose inanimée et figée. Elle décida de voyager et de dépasser ses frontières. Elle savait bien que cela lui était défendu, qu’elle n’avait droit à la moitié du monde et que l’autre moitié appartenait aux pierres, aux arbres et aux hommes. Aussi choisissait-elle les nuits les plus sombres, les plus noires, pour désobéir.

Mer calme. Photo Steve Kuo Tahitiscape Photography

Chaque nuit la mer partait à l’assaut du monde

La nuit la mer se mettait à enfler doucement, doucement, sans faire de vagues, pour recouvrir le monde entier. L’eau montait sans vagues à l’assaut de la plage et des rochers, arrachant le sable et les pierres. Et elle engloutissait sans bruit les vallées et les montagnes, avec les maisons des hommes. Mais sous le sable, il y avait encore du sable. Et derrière la pierre, il y avait encore de la pierre. Et la mer, vaincue, lasse, se retirait chaque matin. Puis chaque soir elle repartait à l’assaut du monde.

Il ne fallait pas donner l’éveil à Ta’aroa le Grand ni aux autres dieux. Elle s’écartait donc soigneusement des lieux de culte et de sacrifice parce qu’ils étaient tapu (interdits et sacrés). Elle passait de chaque côté d’eux et les transformait en îles. Les hommes avaient beau s’inquiéter, les dieux qui ne savaient rien ignoraient leurs plaintes. Et la mer, peu à peu, agrandissait son domaine.

Mais comment arrêter la progression de la mer ?

Arai, un jeune polynésien, qui se tenait debout sur la colline qui surplombait son village, voyait la mer s’approcher, nuit après nuit. Les dieux semblaient dormir. Arai savait que bientôt il n’y aurait plus de vie humaine. Aussi décida-t-il d’arrêter la mer. Mais comment ?

Il avait observé que la mer semblait éviter soigneusement les lieux tapu (interdits). Une nuit, il alla dans le plus proche marae (lieu de culte). Il savait qu’en violant le tapu il risquait sa vie mais il voulait arrêter la mer. Il prit une pierre de l’autel sacré et il lui sembla que la pierre lui brûlait les doigts. Il alla la cacher dans une grotte connue de lui seul et il attendit.

Il attendit la nuit suivante. Quand le soir arriva, il alla chercher cette pierre et s’avança vers la mer. Puis, dissimulé derrière un tronc d’arbre, il enfouit la pierre dans le sable.

Une grande vague fort bruyante

La mer bientôt se mit à monter, à avancer sans bruit, pour surprendre les hommes dans leur sommeil. Elle monta, monta, et ne vit pas le piège. D’un coup, elle recouvrit la pierre sacrée. Déjà il était trop tard : cela fit une grande vague et un gros bruit, la pierre était en colère. Ta’aroa, averti, fit éclater sa menace dans un coup de tonnerre qui arrêta la mer.

C’est depuis ce temps-là que la mer et l’homme sont toujours en train de se battre. La mer voudrait bien l’engloutir mais, chaque fois qu’elle bouge, elle fait naître une multitude de vagues bruyantes qui sont un signal d’alarme pour les dieux et les hommes. L’homme a alors le temps de construire des digues et la mer a toujours pu être repoussée à temps.


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2017-04-07T15:12:17+00:00 Categories: Légendes des îles du Vent|
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