Cette légende tahitienne raconte l’histoire de Teheura qui enlève Hinaraure’a, une belle surfeuse dont il est tombé amoureux. Jusque-là rien d’anormal, sauf que Teheura est… une grosse chenille.

Il était une fois un couple qui habitait une chefferie à Faaone. Le couple fut chassé par le grand chef. Ne sachant pas où aller, ils s’abritèrent dans une grotte nommée Tu’itu’ipuapua à Hitiaa. Cependant la femme était enceinte. Quand le jour de son accouchement arriva, elle fut troublée, et de cette union naquit une chenille, qu’ils appelèrent Teheura.

Les parents nourrirent cet enfant et un jour voyant qu’il grandissait de plus en plus, ils s’enfuirent. La chenille pleura et décida alors de creuser un trou.

Des années passèrent, la bête devint un monstre. Un jour elle s’éloigna de sa grotte, elle était à la recherche de nourriture. En arrivant dans le district de Mahaena, la chenille vit une jeune femme qui surfait. Elle se nommait Hinaraure’a et était promise à un guerrier.

Teheura tomba amoureux et souhaita l’épouser. Cette vahine était la plus grande surfeuse de la côte Est de Tahiti. Ses parents ont essayé de le dissuader car Hinaraure’a était mariée avec Turi, le dieu vivant de la lumière et des ténèbres et également le maître du vent.

Mais rien ne pouvait arrêter Teheura. Un jour, il plonge dans la mer et nage jusqu’au rocher To’anui, à Mahaena. Là, il fait « gonfler les vagues » pour attirer la surfeuse. Depuis, ce rocher est appelé Puuutaihani.

Au même moment, Turi, le mari de Hinaraure’a, est au fond de la vallée à la recherche d’un arbre pouvant servir de poteau pour leur maison. Au lever du soleil, en voyant les vagues commencer à se former, les surfeurs se mettent à l’eau.

Hinaraure’a les rejoint. Sa mère tente de la retenir, mais Hinaraure’a lui dit : « Iore, iore », d’où le nom de To’aiore-ma donné aux deux hauts-fonds : To’aiore le grand et To’aiore le petit, situés à Anapu. Ceux-ci séparent les deux districts de Mahaena et Tiarei.

Hinaraure’a happée par la chenille Teheura

Lorsque Hinaraure’a prend sa troisième vague, elle disparaît happée par Teheura. Celui-ci l’emmène de force dans la vallée de Vai’iha, à Faaone.

Pendant ce temps, le mari de Hinaraure’a n’arrive pas à trouver son poteau au fond de la vallée. Le premier tronc qu’il coupe se brise, le second se fend, le troisième se casse en mille morceaux. « Ces signes indiquent qu’il se passe quelque chose à la maison », se dit Turi qui décide de rentrer au plus vite.

« Hinaraure’a a disparu alors qu’elle surfait » lui dit-on. Turi cherche partout en vain.

Il appelle alors le dieu Taaroa qui lui dit : « Va me chercher une noix de coco ». Taaroa la fend, prend la moitié inférieure, la râpe puis en souffle le contenu vers le large. Rien ne se passe.

Taaroa appelé à la rescousse

Taaroa prend alors l’autre moitié de la noix, la râpe et en souffle le contenu vers le nord. Un calme plat fige l’océan. Turi voit alors sa femme au large de Vai’iha, près des îlots Puruu et Oputotara, emportée par Teheura. Il se met à les poursuivre.

A Tiarei, Turi rencontre les deux jumeaux de Taata’auroa. Ceux-ci lui expliquent que pour vaincre ce démon, il faut construire un grand filet en nape (cordelettes fabriquées avec des fibres de bourre de coco) et de ‘ie’ie (pandanus à papillon) entrelacés avec des cheveux ; bien aiguiser un couteau en bambou puis lever une grande horde de chiens.

Turi transperce la chenille Teheura avec sa lance

Teheura rentre dans la grotte à Vaihiria puis laisse Hinaraure’a. Il part au récif manger des oursins et des bénitiers. Quand il est repu, il rentre et s’endort.

Turi arrive alors, recouvre Teheura de son filet, le transperce de sa lance puis le coupe avec son couteau en bambou et jette les quartiers de chair à ses chiens. Il libère sa femme et la ramène à Mahaena.

Une sculpture en galets (photo) a été édifiée en 2000 le long de la route à Faaone pour rappeler cette légende. Malheureusement la sculpture n’a pas résisté aux méfaits du temps ou à une vengeance de Teheura.

Teheura, la chenille qui aimait les surfeuses - Faaone
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Source :

D’après l’émission Radio Tahiti du 22/11/62 recueilli et raconté par Tearapo, traduction libre de Danny Carlson, CPSH
MT 03/2017
Te varua no vaiiha, acrylique de Sarahina 2017


2017-04-10T10:46:53+00:00 Categories: Faaone, Légendes des îles du Vent, Tahiti, taiarapu-est|Tags: |
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