Un bois de fer !  Le Bois de fer, Fila ou ‘Aito (Casuarina Equisetifolia) est un arbre présent en Polynésie orientale où il est considéré comme indigène. Il doit son nom tahitien de ‘Aito (guerrier) à son bois résistant, très dur.

Les anciens noms polynésiens de cet arbre étaient toa et ‘amuito. Mais en prenant le nom de Vaira’a-toa, la famille royale Pômare pose un interdit (pi’i) sur le nom toa qui est remplacé par le nom ‘aito, qui signifie « guerrier, champion »

Son nom botanique equisetifolia vient du latin equisetum , qui signifie « crin de cheval », faisant référence à la ressemblance des rameaux retombants avec la queue d’un cheval.

Description botanique

Le ‘Aito, Filao ou Bois de fer, est un grand arbre pouvant atteindre plus de 30 m de hauteur à l’écorce caractéristique brun-rouge et aux rameaux verts. On le confond souvent avec un conifère, car les rameaux des ‘aito ressemblent aux aiguilles des conifères. Les chatons femelles sont de petits cônes aux aspérités piquantes, verts à l’état jeune et bruns à maturité, qui comportent plusieurs loges contenant chacune une graine. Le bois est rouge et noircit vers le cœur.

Le ‘Aito est utilisé comme essence de reboisement pour ses capacités à fixer l’azote et donc à restaurer ou enrichir les sols pauvres ou érodés. Par ailleurs, résistant bien aux embruns et au vent desséchant, il est utilisé en guise de brise-vent, principalement en bord de mer et sur les atolls.

Des lances et des tiki en aito

Autrefois, le ‘Aito était planté autour des marae, car il était l’emblème de ‘Oro, le dieu de la guerre, dont les statues (tiki) étaient taillées dans ce bois. Son bois très dur servait à la fabrication des idoles (tiki), armes de guerre (casse-tête, javelots), battoirs à tapa, manches divers, piliers et objets de prestige. Les pêcheurs tordaient de jeunes racines en forme d’hameçon et les coupaient de l’arbre une fois leur solidité acquise avec la croissance.

Des tapa (tissus végétaux) étaient teints en brun clair (hiri) par les substances tannantes contenues dans la sève jaune-rougeâtre tirée de l’écorce. (voir plantes tinctoriales)

Les guerriers marquisiens utilisaient des massues appelées ùu, de 1,30 m de longueur et d’un poids de 5 kg, qui étaient façonnées dans du bois de fer (‘aito) extrêmement dense et difficile à travailler. Représentant une tête stylisée, leur décor biface évoquant des tatouages rituels devait protéger leur possesseur mais aussi susciter l’admiration de ses adversaires. Une fois sculptées, elles étaient déposées dans une tarodière afin de les noircir. Puis elles étaient enduites d’huile de coco parfumée (pani) qui donnait une patine aux nuances brun-rouge au décor. Généralement, des mèches de cheveux d’ennemis tués étaient enserrées par un lien de bourre de coco tressée enroulé autour de la poignée.

Le ‘Aito est aujourd’hui très utilisé comme charbon de bois ou combustible pour les fours polynésiens ou le umu ti marche sur le feu.

Massue marquisienne - 'uu

Ùu, massue marquisienne provenant de Nuku Hiva, vers 1850.

L’utilisation du ‘Aito en pharmacopée traditionnelle

  • L’écorce entre dans la composition de préparations médicinales pour traiter la blennorragie, la dysenterie et le diabète.
  • Les graines étaient grillées pour remplacer le sel.
  • Les feuilles et les fruits verts étaient été mâchés pour stimuler la salivation afin d’étancher la soif.
  • Les extraits de racine sont utilisés pour le traitement de la dysenterie, de la diarrhée et des maux d’estomac
  • La décoction de rameaux est utilisée contre le gonflement et la poudre d’écorce pour traiter les boutons sur le visage

Attention, le pollen est allergène.

Le ‘Aito dans les légendes polynésiennes

  • Dans la légende de l’origine des plantes , les ‘Aito sont engendrés par des corps de guerriers. Le sang devient la sève et leurs cheveux les feuilles.
  • Le dieu Tâne possédait une lance en ‘Aito appelée Verra’ai.
  • Le héros Pai-a-ara’i se fabriqua un arc et des flèches en ‘Aito et remporta une joute guerrière.
  • Jadis, les prêtres offraient au dieu ‘Oro un cadavre humain suspendu à un arbre au moyen d’une corde fixée à deux tiges de ‘aito passée à travers le crâne.
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Sources :

Service du développement rural. FOGER
Photo Tahiti Heritage / Olivier Babin. ‘Aito (casuarina-equisetifolia) devant le lagon vert de Anaa, Tuamotu.