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Tahiti Heritage et Vahineitaria vous entraine dans l’un des plus anciens lieux de vie de la capitale, le quartier du marché de Papeete

Rendez-vous populaire animé dès l’aube, halte privilégiée des touristes, le marché demeure, au fil des années et des évolutions, le cœur social de la ville. On y échange toujours les derniers parau api (potins) devant un tas de taro ou un poisson.

Le 28 Avril 1847, le Gouverneur Bruat créé deux marchés à Papeete. Le premier est en aval de la rivière de Papeava sur la plage, qui est principalement destiné aux pêcheurs. Le second, un hall en bois et pandanus voué aux fruits, légumes et volailles est installé à son emplacement actuel, entre la rue Bonnard (actuelle Rue François Cardella) à l’Est et la rue des Beaux Arts (actuelle rue 22 septembre) à l’Ouest. La rue du Marché (actuelle Rue Albert Leboucher), débouche sur la place du marché.

Les deux entités seront réunies en 1860 au sein d’un même marché constitué de trois hangars disposés en fer à cheval où venaient s’installer les marchands de fruits et légumes, de poissons… et quelques bouchers et boulangers.

Vingt ans plus tard, en en 1881 une halle pour le marché est construite à l’emplacement de « l’ancien marché indigène ». En 1891 une seconde halle est créée, la première, fermée, est réservée aux viandes, légumes, oeufs et volailles, l’autre, ouverte, est affectée à la vente du poisson, des crustacés et des tubercules et fruits. Le marché se tient très tôt, à partir de 4h30 et il finit très tôt aussi, 8h en 1891.

On y vend des fruits et tubercules, fei, noix de coco, uru, bananes, oranges, taro, ignames, patates douces ; des légumes; du poisson et des crustacés ; de la viande de boucherie, des volailles, du gibier, des œufs, du pain; et aussi… du bois.

Les immigrants chinois ouvrent dans les rues environnantes de nombreux débits, échoppes, et autres bouis-bouis. Le marché devient peu à peu un quartier à part entière, formant une « petite ville dans la ville ».

Papeete, la place du marché couvert, photo Henry Lemasson, 1897

Papeete, la place du marché couvert en 1897. Photo Henri Lemasson.

Papeete, la place du marché couvert, photo Henry Lemasson, 1897

Papeete, la place du marché couvert en 1897. Photo Henri Lemasson.

La visite du marché en 1877
par Constance Gordon-Cumming, femme écrivain voyageur et peintre écossaise.

« Après avoir suivi des chemins traités de rues, mais qui sont, à proprement parler, des allées ombreuses d’hibiscus jaunes et d’arbres à pain, j’arrivai sur la place du marché couvert, où était rassemblée une foule de l’aspect le plus gai qu’on pût désirer; la plupart de ceux qui la composaient portaient des robes de couleurs éclatantes. Les longues tresses de cheveux noirs, jusque-là si soigneusement cachées sous les coquets chapeaux, se déroulaient à présent dans toute leur longueur, et tresses et chapeaux étaient enguirlandés de fleurs embaumées : jasmin, oranger, laurier-rose ou hibiscus écarlate. Beaucoup, à la place de boucles d’oreilles, portaient une délicate et blanche fleur de Tiare Tahiti.

Ces groupes de jeunes filles, vêtues de longues tuniques d’un rosé délicat, d’un blanc pur, parfois d’une nuance écarlate ou du vert pâle de la mer, paraissent toujours charmantes quand elles jasent ensemble, riant et roulant de minimes débris de tabac dans des bandes de pandanus ou de feuilles de bananier, pour faire l’inévitable cigarette.

Les hommes portent des pareo en cotonnades de Manchester, fabriquées exprès pour ces îles, et dont les dessins sont indescriptibles. Les plus à la mode sont les fonds rouge éclatant avec des impressions blanches ; par exemple, des groupes de couronnes rouges au centre d’un cercle blanc, ou encore des rangées de couronnes blanches alternant avec des groupes d’étoiles. Les fonds bleu sombre avec des cercles et des croix jaune d’or, ou bien écarlate avec des ancres et des cercles orange, ont aussi beaucoup de succès. A la description cela paraît un peu tapageur, mais l’effet est vraiment pittoresque. En outre, les hommes portent des chemises blanches et des chapeaux en paille, sur lesquels ils attachent des foulards aux couleurs vives ou qu’ils entourent d’une guirlande de fleurs…

Chacun apporte au marché ce qu’il peut avoir à vendre ; un jour la marchandise abonde, le lendemain il n’y a presque rien. Que ce soit peu ou beaucoup, le Tahitien le divise en deux lots et attache ses paniers ou ses paquets à un léger bambou qu’il porte en travers de l’épaule, et qui, si léger soit-il, pèse parfois plus que le maigre butin qui y est suspendu : quelques crevettes dans une feuille verte pendent à un bout, une langouste à l’autre; ou peut-être un minime panier d’œufs frais, auquel une demi-douzaine de poissons argentés font contrepoids. D’autres fois le fardeau est si lourd, que le bâton plie ; c’est, par exemple, deux énormes régimes de fei, et vous vous dites que l’épaule du pauvre homme doit être meurtrie.

Papeete, la place du marché en 1897
Papeete, la place du marché en 1897

La Place du marché en 1895 par Jules Agostini, chef des Travaux publics

La Place du marché où se dressent quelques arbres est encadrée par les rues Bonnard (rue Cardella) et des Beaux Arts (rue du 22 septembre 1944), le jardin de la Mairie (l’ancien Hôtel de ville), et enfin par les Halles. Un petit bassin carré, entouré d’une grille en métal est l’unique ornement de l’esplanade. En face, contre les grilles du marché, s’installent des marchands d’oranges, de pastèques, de coco. C’est au marché couvert, à 4 h du matin, que la population vient faire ses provisions. À l’heure du dîner la place se transforme en « foire d’amour » ou plutôt, selon la pittoresque expression de la localité, en « Marché à la viande ».


 

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