La nacre, l’or noir des atolls

À l’aube du XIXè siècle, la multiplication des navires de commerce européens fit prendre son essor au commerce des Mers du Sud : la nacre en fut, avec l’huile de baleine, le coprah et les fruits, l’axe principal. En 1802, l’exploitation hasardeuse des lagons commença, mais dès 1820, on trouvait la nacre de Polynésie dans toutes les manufactures de Londres, Bruxelles, Hambourg, Paris (Val d’Oise) ou Vienne, où les machines semi-industrielles créées quelques années plus tôt, rapaient, creusaient, limaient, lissaient, façonnaient cette nacre brute qui devint éventail, jumelle de théâtre, boîte à bijou, dé, domino, tabatière, mais aussi, et surtout, bouton. Il en fallait toujours plus.

La cueillette des huîtres perlières dans les lagons, de belle taille si possible, s’organisa : si la plus grande huître perlière connue, avec un diamètre de 34 cm et 4,8 kg de coquille fut prélevée par François Hervé en 1932, ce sont surtout celles de 15 à 20 cm qui étaient recherchées. Pour cela, il fallut des plongeurs : or, ceux de Polynésie, selon les témoignages des capitaines et commerçants, étaient les meilleurs du monde. Avec eux s’écrivit, jusqu’en 1970, l’histoire de la plonge aux Tuamotu-Gambier.

Jusqu’en 1950 environ, les lagons furent d’abord ratissés par les trafiquants d’abord, puis par les commerçants qui, au sein de Compagnies perlières, créèrent un marché de la nacre et de la perle de Tahiti. Tous les atolls nacriers y passèrent, parfois jusqu’à l’épuisement de l’espèce. Si dans les premières années du XIXe siècle les gisements de pintadines étaient peu profonds, il fallut bientôt plonger à plus de 10, 15, voire 20 mètres pour les arracher à leur socle de corail. À ce jeu dangereux, les Paumotu étaient les rois. 900 tonnes de nacre furent exportées rien que pour l’année 1839.

Reine des perles

Sans oublier les perles, « qui pouvaient donner un gain dépassant les limites du calcul » (Desgraz, 1840). La perle fine de Tahiti pénétra peu à peu les cours royales européennes et fut bientôt surnommée la « Reine des perles ». À partir des années 1850, les meilleurs fonds, les meilleurs gisements de Polynésie étaient connus, répertoriés et exploités. Avec toutes les techniques possibles disponibles à l’époque, du scaphandre dès 1880 aux premières lunettes de plongée en 1908, les pêcheries à grande échelle se développèrent.

Commentaires

Source :

L’épopée de la plonge, Archives territoriales de Polynésie française.
Air Tahiti Magazine n°81, 2014
Desgraz, 1840

2017-05-03T00:50:18+00:00Categories: Hikueru, Objet historique|