Les baleiniers, le plus souvent américains, sont venus pêcher la baleine dans les eaux polynésiennes de 1840 à 1870. Le nombre de baleiniers était de 550 en 1845. C’était à l’époque la plus grande ressource de l’île et une véritable richesse.

Les baleinières

Les baleiniers mettent, selon leur tonnage, de trois à cinq embarcations à la mer. Ces baleinières font de 8 à 9 m de long et de 1,70 m de large. Elles sont propulsées par cinq avirons plus un en guise de gouvernail. Chaque canot porte six hommes : le harponneur, le barreur, le brigadier d’avant, le rameur du milieu, l’enrouleur de ligne et le rameur d’arrière. Ils embarquent une ligne de 500 m de long faite de cordage, soigneusement enroulée et arrimée au fond du canot.

Un ou deux harpons sont attachés au bout de la ligne et déposés à l’avant du canot, prêts à être lancé avec 9 m de ligne soigneusement enroulée sur l’espace avant afin de faciliter le tir. On embarque également un flotteur constitué d’une planche carrée avec piquet surmonté d’un fanion, qui est accroché à la ligne du harpon pour l’empêcher de filer trop vite. La partie plate de ce frein offrant une grande résistance à l’eau.

Pour le cas où une baleinière serait perdue dans la brume ou hors de vue du navire, elle est muni d’un compas, d’une boîte à amadou avec briquet, de chandelles et d’un fanal, de fusées volantes et de feux de Bengale, d’un petit baril d’eau douce. Il y a aussi une hache, un couteau, deux ou trois petits pavillons ou fanions, ainsi qu’une voile aurique.

Baleines en vue

Trois ou quatre vigies sont en permanence dans la mâture à guetter les baleines qui se reconnaissent à leur façon particulière de lancer en l’air un jet d’eau, visible par temps clair à la distance de six milles (11 km), et se manifestent fréquemment en sautant ou faisant des bonds, hors de l’eau, visibles jusqu’à dix milles (18 km). Quand on est aussi près des baleines que les conditions le permettent, les canots sont mis à la mer et partent en chasse. On garde toujours dix ou douze hommes à bord pour manœuvrer le navire et faire les signaux éventuellement nécessaires aux embarcations.

Les grandes baleines mâles vont généralement seules tandis que les femelles et les baleineaux vont en grands troupeaux ou bancs. Quand un canot arrive près d’une baleine, on lui lance un ou deux harpons. S’il s’agit d’un baleineau et si le harpon est bien placé, un seul canot s’y attache et les autres prennent chacun leur baleine si le troupeau est arrêté à proximité, sinon ils repartent en chasse et mettent la voile si la brise le permet.

Quand un troupeau de baleines est à l’arrêt, un navire avec quatre baleinières peut en capturer de huit à douze, mais il arrive fréquemment, quand les baleines passent ou qu’elles sont trop dérangées, que l’on n’en attrape qu’une et même souvent aucune. Dès que les canots ont tous ferré, ils attaquent à la lance et tuent leurs baleines aussi vite que possible. Quand une baleine est tuée, on lui fiche dans le corps un piquet surmonté d’un petit fanion qui sert à indiquer sa position au navire. Les baleines qui se détachent se font souvent achever à la lance par l’équipage de prise, mais on voit souvent des baleines blessées partir avec le troupeau, où on les distingue par leurs jets ensanglantés.

Pour une grande baleine, il faut généralement deux canots avec chacun deux harpons, et un ou deux canots supplémentaires avec leurs lignes parées à rallonger celles des canots de prise au cas où elle plongerait au fond, ce qu’on appelle sonder. Une baleine qui sonde entraîne avec une surprenante vélocité de 500 m de ligne qu’un homme doit continuellement arroser pour éviter les conséquences de la friction. Les grandes baleines plongent si rapidement au premier coup de harpon qu’elles dévident parfois toutes les lignes du canot en quelques secondes et peuvent disparaître avec, avant qu’un autre canot ait pu s’approcher pour amarrer sa rallonge.

Tuer les baleines entraîne parfois de graves accidents un coup de queue ou, comme on dit, une claque de ses ailerons de queue, peut fracasser un canot. Se tenir hors de portée demande donc de grandes précautions et de grands efforts, surtout dans un grand troupeau qui entoure les canots de tous côtés. On les tient en respect à grands coups d’avirons dans l’eau et en criant fort.

Le découpage de la baleine

Le blanc de baleine ou lard est, avec ses enveloppes ou peaux, la partie externe de son corps. Il varie en épaisseur sur une grande baleine mâle de 20 à 40 cm en étant plus mince sur la tête et à l’approche de la queue. Chez les femelles et baleineaux, le blanc a de 10 à 25 d’épaisseur.

Pour hisser le blanc à bord il y a deux palans fixés en haut du grand mât. On commence par tailler un trou de 40 cm dans le lard derrière l’œil et on y laisse tomber un grand crochet de fer attaché au palan. Les maîtres dépeceurs qui se tiennent chacun sur une plate-forme au dessus de l’eau ont des couteaux à dépecer. Ils tranchent le blanc en demi-cercle à environ 50 cm à l’extérieur du crochet et continuent à tailler en lignes parallèles en direction du bord du navire, soulevant à l’aide du palan une pièce de blanc de 1,50 m de largeur. Quand la première pièce est levée, ce qui maintient la baleine à la surface de l’eau, ils entreprennent alors de la décapiter. S’il s’agit d’une petite baleine, ceci ne prendra que quelques minutes, en faisant une entaille oblique de chaque œil au point atteint par l’extrémité de la mâchoire inférieure, puis une autre entaille circulaire en travers de la nuque jusqu’au côté opposé, tout en s’aidant du guindeau pour retourner la baleine en tirant sur le blanc. On déroule ensuite le blanc de la baleine en tirant au guindeau, en même temps que les personnes placées sur les plates-formes le débitent en quartiers de 1,20 m de largeur. Quand tout le blanc est enlevé, on détache la queue à deux ailerons de la carcasse qui reste à dériver jusqu’à ce que les requins et divers oiseaux de mer l’aient dévorée.

La tête

La tête est débitée par incision longitudinale, on appelle junk le gros morceau filandreux touchant à la mâchoire inférieure et case (boite) la partie où se situe le trou d’évent et qui contient une quantité de spermaceti à l’état fluide. Junk et case représentent environ le tiers du produit du cachalot. Étant donné son poids immense, la tête des grandes baleines est retenue par deux courts câbles dès qu’elle est séparée, jusqu’à ce que le blanc soit embarqué.

On a besoin de tout le monde au guindeau pour hisser le junk à bord. Une fois posé sur le pont, il dresse à six ou huit pieds de haut sa masse presque exclusivement constituée de gras solide entremêlé de fibres tendineuses. On écope alors l’huile par le haut au moyen d’un seau fixé à une poulie que l’on enfonce dans la boite crânienne avec une grande perche. Quand elle est vidée, on en retire le lard extérieur qu’on appelle « peau du crâne » parce que pauvre en huile. Cette boîte vidée et dépouillée est alors rejetée à la mer.

Les chaudrons

Deux grands chaudrons en fonte, parfois davantage, sont installés dans une maçonnerie de briques fixée au pont à l’arrière de l’écoutille avant par des épontilles de fer. Sous ce fourneau, appelé fondoir, il y a une citerne que l’on tient pleine d’eau pour empêcher le feu de se propager au pont.
La graisse découpée en morceaux est chauffée dans ces chaudrons. Elle fond et se transforme en huile qui était recueillie dans des barils. Une baleine donnait de 6 à 15 tonnes d’huile d’une couleur qui varie du jaune miel brillant au brun foncé. Cette huile était utilisée au début pour faire du savon puis utilisée comme combustible pour les lampes à huile ou comme cire pour les bougies.

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Source :

Extrait du journal de William Dalton qui se trouve à la National Library of Australia à Canberra.

2016-10-20T08:08:02+00:00 Categories: Patrimoine maritîme|Tags: , |
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