Faeta, était à son époque l’un des plus grands guerriers de Anau (secteur de Bora Bora). C’était un homme de très grande taille – il mesurait 2,50 m – courageux, intelligent, mais très peu sociable. C’était un guerrier redoutable doté d’une force exceptionnelle qui possédait une arme unique en son genre. Le guerrier frappait toujours ses adversaires à la tête. Quand le crâne se fendait, la cervelle en sortait, d’où le nom donné à l’arme Pahu te roro. Une fois ses victimes à terre, il les décapitait et les mettait dans un petit panier rond (ete) pour décorer son marae. C’est pourquoi les guerriers de Vavau le surnommait Anau Faeta i te ete, qui prend aujourd’hui le nom de Anau.

Son grand-père régnait à cette époque sur Bora Bora et Maupiti. Mais, comme, il était âgé, c’était son petit-fils Faeta qui avait la responsabilité de la sécurité de toute l’île. Quand elle était envahie, les autres guerriers se mettaient sous ses ordres. Leurs rivalités étaient oubliées pour un temps. Ils formaient une seule armée disciplinée sous les ordres d’un seul homme. Faeta connaissait la force de ses guerriers ainsi que les points faibles de son île.

Un jour, les gardiens signalèrent l’arrivée d’une grande armée venue des îles lointaines. Faeta rassembla toute l’île pour le combat et divisa sa grande armée de douze mille hommes en trois parties :

  • La première fut dirigée vers les îlots tout autour de l’île,
  • La deuxième partie fut placée dans les lagons sur les pirogues doubles et près de la passe de Tevanui ;
  • La troisième partie, la plus importante et la mieux équipée, resta sur la grande terre.

Pour diriger ses trois grandes armées, Faeta se plaça près de la cloche de Hiro. Le grand guerrier Hiro fit construire à cette époque, sur l’un des îlots, deux cloches : une vers le haut qui donnait un son aigu, connu de quelques personnes, l’autre, placée vers le bas, peu connue, indiquait l’arrêt ou la retraite et donnait un son grave. Ces deux cloches furent utilisées par Faeta selon les méthodes de Hiro.

Le grand guerrier veilla toute la nuit. A l’aube, la grande armée venue de loin se glissa silencieusement vers les îlots, mais les gardiens les virent venir. Ils avertirent le grand guerrier. Faetea voulut les prendre par surprise. ll laissa l’ennemi s’avancer. Dès qu’ils furent à portée des lances, il donna l’ordre aux guerriers de frapper la cloche du haut de toutes leurs forces. Le son aigu de la cloche retentit dans toute l’île. Les guerriers des îles lointaines prirent peur. Ils crurent entendre la voix des dieux. La grande armée adverse, dirigée par les deux grands guerriers, Tepau-arii et Too Tea, entra par la passe de Tevanui. Mais, les pirogues doubles étaient là pour leur barrer le passage. Too Tea réussit à passer mais perdit beaucoup d’hommes et dans le lagon d’autres pirogues les attendaient. Il se rendit compte qu’il ne pouvait vaincre cette île, car même s’il réussissait à battre la grande armée de pirogues, il lui resterait encore à affronter les guerriers de la grande terre qui était l’élite de l’armée du roi. Il bâtit en retraite en emportant Tepau-arii qui était blessé.

Cette bataille resta gravée dans la mémoire de tous les guerriers des îles. Faeta reçut du roi la plus haute distinction jamais offerte à un guerrier. Il lui fut remis le maro ura et le maro tea ainsi que la responsabilité de la Garde Royale.

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Source :

Cette légende est tirée d’un Puta tupuna (livre des anciens) de Bora Bora Photo : William Hodges, 1777, The War-boats of the Island of Otaheite, and the Society Isles, with a View of Part of the Harbour of Ohaneneno, in the Island of Ulieta, one of the Society Islands. National Maritime Museum Greenwich, Londres.


2018-03-08T16:16:05+00:00Categories: Anau, Bora Bora, Iles sous le vent, Légendes îles sous le Vent|