Le Mataeia d’antan

La légende raconte que Teva ou Teua (pluie), fils de Hotutu de Vaiari (ancien nom de Papeari) et Vairimatauho’e de Raiatea, a eu huit enfants, dont Mataiea qui régnait sur Vaiuriri (ancien nom de Mataeia). Pour gouverner en toute quiétude sur ce large territoire, Teva réunit ses enfants pour former une fédération : Te api nui o Teva. Par la suite, Teva i uta et Teva i tai sont composés, il s’agit des Na Teva e vau .

Mataiea fait partie intégrante de Teva i uta avec Papara, Vaiari iti et Vaiari nui. Elle est située entre Atimaono et Vaiari, délimitée par les terres de Pa mati à l’ouest et Teruamo’o à l’est. Sa montagne est Tetufera (ou Pou rahi o Teva) et ses deux passes sont Ahifa et Rautirare. Sa rivière principale est Vaihiria, avec son grand lac en amont.

Carte postale colorée du lac Vaihiria en 1910 Photo Lucien Gauthier

Le lac Vaihiria en 1910

Vai uriri, l’ancienne appellation

« O Vai uriri nui a tere i aoha », c’est le grand Vai uriri qui bougea avec splendeur. Cet extrait d’un chant du district présente Mataiea. Vai uriri ou pape uriri est aussi un toponyme que l’on localise sur la partie gauche de la pointe Oti’aroa. Le vai uriri est un oiseau (pluvier gris) qui habite en bord de rivières, il est l’émanation des dieux de l’eau. Il semblerait que ces oiseaux se rassemblaient non loin de l’embouchure de la Vaihiria, ce qui expliquerait le toponyme. Lorsque le chant du uriri se faisait entendre, les habitants de Mataiea savaient qu’une nouvelle leur parviendrait rapidement.

Uriri ou Chevalier errant. Photo SOP Manu / Thomas Ghestemme

Uriri ou Chevalier errant.
Photo Manu/Th. Ghestemme

Mataiea : regarde le chemin

L’expression même mata i te e’a signifie « regarde le chemin » ou « évite le chemin ». Elle remonterait au début du 19è siècle et il s’agirait de propos adressés au clan des Pomare. Pour la petite histoire, on raconte que dans les années 1850, la reine et le roi Pomare avaient fait un séjour sur Mataiea où une maison leur avait été construite, sur la terre Tairitepeuru. Ma’ihi était leur voisin, il avait une fille appelée Vaea. Lorsque le roi Pomare aperçu cette fille, il ordonna à ses soldats d’aller la chercher pour en faire une de ses maîtresses. Mais ils ne franchirent pas la porte, Ma’ihi s’interposa et fit fuir les soldats. Ma’ihi leur dit alors : « Haere, a mata noa i te e’a, eaha e fariuriu », « regarde le chemin et ne reviens plus ».

Mataiea était réputée pour sa prospérité, l’anguille royale du lac Vaihiria étant, selon les récits anciens, la clé de cette richesse.

Anguille

Anguille de Vaihiria aux yeux bleus

Mataeia au 19ème siècle

Au milieu du XIXème siècle, Mataiea voit des missionnaires catholiques s’installer sur Mairipehe. Sous l’égide du père Armand Chausson, la construction de l’église Saint Jean-Baptiste de Mataeia débute en 1857. Il s’agit de la première église en pierre du fenua. Monseigneur Jaussen y fit construire une mission sur le côté montagne dans laquelle il résidera quelque temps.

Un certain Paul Gauguin séjournera 18 mois à Mataiea, d’octobre 1891 à mai 1893 avec une jeune Tahitienne, Teha’amana. Gauguin peindra quelques toiles qui décriront son état de bien être à Mataiea dont Arearea, Iaorana Maria et Nafea faaipoipo.

Deux britanniques, Rupert Brooke en 1914 et Somerset Maugham en 1916 entameront les mêmes démarches que Victor Segalen dix ans plus tôt, venu sur les traces de Gauguin. Le premier s’installera à Mataiea en bordure de montagne à Mairipehe, le second rédigera son « Moon and sixpence », qui relate la vie de Paul Gauguin sous la forme d’un écrivain épris des îles polynésiennes.

Eglise Saint-Jean-Baptiste de Mataiea © Tahiti Heritage

Eglise Saint-Jean-Baptiste de Mataiea

Paul Gauguin, Paysage de Tahiti 1897

Paul Gauguin, Paysage de Tahiti 1897

Commentaires

Source :

Joany Hapaitahaa, 2000, Historienne au Service du Patrimoine
Archives Tahiti Heritage


2018-02-04T18:12:16+00:00Categories: Mataiea, Sites historiques, Teva I uta, Village|