L’aventure de La Korrigane dans les îles polynésiennes entre 1934 et 1936 est un joli conte de fées d’avant-guerre. Un voyage scientifique effectué sous les auspices du musée d’Ethnographie du Trocadéro à Paris, et financé par ses cinq participants : Étienne de Ganay et son épouse Monique, sa sœur et son beau-frère Régine et Charles van den Broek d’Obrenan, et enfin leur ami Jean Ratisbonne, qui se surnommaient eux-mêmes les « Korrigans ».

La Korrigane, un morutier d’Islande transformé en navire d’exploration.

La Korrigane est un ancien brick-goélette construit à Paimpol en 1915, sous le nom de Revanche, qui jauge 208 tonneaux, mesure 37,50 m de longueur de coque pour une largeur de 8,50 m. Elle est destinée à pratiquer la pêche à la morue près de Terre-Neuve et de l’Islande.

Après la Première Guerre mondiale, la Revanche devient un navire commercial, avant d’être transformée en yacht en 1928, à Lorient.

Son aménagement est le suivant :

  • A l’avant le poste d’équipage, une cuisine avec fourneau au charbon assurant le chauffage central et la production d’eau chaude, ainsi qu’une grande chambre froide.
  • Puis au centre du navire l’aménagement pour le propriétaire comprenant deux grande cabine, une petite, une salle bain spacieuse avec baignoire, eau froide et eau chaude courante, un salon sur toute la largeur du navire avec une vraie cheminée.
  • A l’arrière la salle des machine accueil deux moteurs Bolinder.
  • Sur le pont un roof chambre de navigation équipée de deux sofas-couchette.

Étienne de Ganay la rachète en 1934 pour effectuer son expédition dans les mers du Sud. La Revanche devient alors vraiment la Korrigane, et donne d’ailleurs son nom au voyage.

La Korigane

La Korrigane, un ancien morutier d’Islande transformé en navire d’exploration. 1935

L’aventure de la Korrigane

L’histoire commence comme une croisière mondaine. Dans les îles polynésiennes, les  » Korrigans  » vont de réception en réception et se contentent de recueillir des pièces conservées par les autorités locales et les missionnaires.

L’expédition de la Korrigane est à la charnière entre les anciens voyages de découverte et d’observation et les voyages d’ethnologie moderne, prenant le temps d’approfondir un thème, elle se situe à l’époque ou les cultures autochtones sont encore bien vivantes. La seconde guerre mondiale bouleversera profondément de nombreux peuples du pacifique.

Ils sont quatorze a bord de la Korrigane, Etienne de Ganay, jeune lieutenant de vaisseau de la marine nationale, était le capitaine, il assurait la navigation et l’organisation de l’expédition, Monique de Ganay rédigeait les fiches des objets collectés, Régine Van der Broek est la peintre du bord, Charles van der Broek achetait à bas prix et troquait les objets, il écrira à leur retour le récit de cette expédition « le voyage de la Korrigane » et enfin Jean Ratisbonne était le photographe.

L’expédition effectuera un collectage important d’objets de cultures variées dans les îles du Pacifique, partagé entre leur désir de ramener une belle collecte au musée du Trocadéro et le sentiment de faire un certain pillage culturel. Comme le décrit Etienne de Ganay dans ses carnets, lorsqu’il mis la main sur une statue du dieu requin dans les iles Salomon :

« Je tenais un objet très curieux et d’un intérêt ethnologique considérable. Mais au fond de moi-même, je pensais avec mélancolie à  l’étagère désormais vide, devant laquelle avaient veillé neuf générations de gardiens, représentées par neuf crânes. Je n’étais qu’un vandale. ».

La luxueuse cabine de Etienne et Monique de Ganay sur La Korrigane

Les Korigans : Etienne de Ganay, Régine Van den Broek, Charles Van den Broek, Monique de Ganay et Jean Ratisbonne

La luxueuse cabine de Etienne et Monique de Ganay sur La Korrigane

Les Korigans : Etienne de Ganay, Régine Van den Broek, Charles Van den Broek, Monique de Ganay et Jean Ratisbonne

Des objets substitués à redonner aux populations ?

A leur retour, en 1936, les cales de La Korrigane contiennent 2800 objets, qui subiront divers aléas avant que les explorateurs n’en cèdent gracieusement 600 au musée du Trocadéro, ainsi qu’un millier de photos de Jean Ratisbonne et quelques très beaux dessins de Régine Van den Broeck. Ces pièces se trouvent désormais au musée du quai Branly. Les autres objets ont été dispersés dans des collections privées.

Les populations de ces îles réclament maintenant le retour de tous ces objets traditionnels que l’on leur aurait substitué.

Charles Van den Broek

Séduit par l’Océanie, Charles Van den Broek revient en 1939 pour un voyage d’études ethnographiques et archéologiques à Tahiti et aux Marquises et se trouve bloqué par la guerre à Tahiti. Il s’installe sur les hauteurs de Mahina et entreprend des plantations de reboisement : eucalyptus, casuarina (aito).. sur cette terre fut connue sous le nom de plateaux Van den Broek.

Charles Van den Broek donne à la Société d’études océaniennes à Papeete, une série de conférences au cours desquelles il initiait quelques amateurs aux techniques de l’ethnographie. En même temps il entreprenait le reclassement des collections du Musée de Papeete, et, à cette occasion, il fit généreusement don à cet organisme de plusieurs agencements destinés à mettre en valeur les pièces principales.

Son infatigable sociabilité, son entregent et sa parfaite maîtrise de la langue anglaise, l’avaient désigné pour occuper avec distinction la présidence du Syndicat d’initiative de Tahiti (1951-1955). A ce poste, il entreprit la publication de documents de propagande touristique et réalisa en 1952 le premier classement des sites et monuments de la Polynésie française.

Il créa la Société hippique dont il fut longtemps le président et importa des chevaux pur-sang pour défendre ses couleurs sur le nouvel Hippodrome de Pirae dont il fût le promoteur.

La tombe de Charles Van den Broek d’Obrenan est située sur les hauteurs de Nono Ahu à Mahina (photos 1)

Tombe de Charles Van den Broek, sur les hauteurs de Mahina © Tahiti Heritage

Tombe de Charles Van den Broek, sur les hauteurs de Mahina © Tahiti Heritage

Commentaires

Sources :

Charles Van den Broek d’Obrenan. Le voyage de la Korrigane avec une préface de Paul Valéry – Payot Paris 1939
Régine van den Broek d’Obrenan, Les Korrigans autour du monde, préface de Patrick O’Reilly, introduction d’Étienne de Ganay, Asiathèque, 1984
Histoire maritime de Bretagne nord. 1934- 1936 La Korrigane une goélette islandaise en mission ethnologique dans les mers du sud.