Inauguré le 15 juin 1965, le Musée Gauguin situé dans un coin du jardin botanique Harrison Smith de Papeari a rayonné pendant 50 ans, grâce en partie au grand dévouement de son conservateur. Mais depuis 2013, il est fermé en attente d’un « nouveau concept ».

Une case Gauguin

L’initiative du projet revient au Père Patrick O’Reilly qui raconte :

 » J’étais rentré de Tahiti en 1957 avec l’idée de « faire quelque chose » pour la Polynésie. J’ai d’abord songer à une « Maison Loti », quelque part dans la vallée de la Fautaua. Finalement je pris le parti d’une « Case Gauguin » en bord de mer de 16,30 m sur 7,70 m, construite en matériaux locaux, des poteaux en tronc de cocotier une toiture en niau, des murs en bambou tressé. Dès mon retour à Paris, je me mis en quête d’un mécène susceptible de s’intéresser à un tel projet ».

Patrick O’Reilly vint frapper, en 1961, à la porte de différentes personnalités parisiennes du monde des arts pour leur présenter un modeste projet d’une case indigène qui aurait abrité des souvenirs de Gauguin. Il lui apparaissait comme un peu scandaleux de penser que la terre qui avait fait fructifier le génie du peintre et avait abrité ses dernières années soit la seule qui fût vraiment dépourvue de tout mémorial le concernant.

A dire vrai, l’idée ne suscita aucune réaction positive. Au bout du monde, cette cabane consacrée à Gauguin, personne n’en voyait la nécessité ni même l’intérêt, jusqu’au jour où André Siegfried, octogénaire à l’esprit ouvert, eut vent de l’affaire qui, membre du Conseil d’administration de la Fondation Singer-Polignac, songea qu’il y avait peut-être là une belle oeuvre de culture française à réaliser sur cette petite terre du Pacifique où les touristes commençaient à débarquer.

Un musée Gauguin dans le jardin botanique Harrison Smith 

Le Gouvernement de la Polynésie française, qui avait reçu par donation de l’américain Cornelius Crane le magnifique jardin botanique fondé jadis par Harrison W. Smith, consentit à offrir un emplacement en bord de la mer. Cette disposition était pourtant contraire aux clauses de la donation qui stipule bien que le caractère de jardin botanique de la propriété doit être conservé.

Croquis du projet de musée Gauguin

Croquis du projet de musée Gauguin. Architecte Claude Bach.

Un architecte, brillant prix de Rome, M. Claude Bach, dressa le plan en organisant le musée autour d’une sorte de galerie-déambulatoire rectangulaire. Elle rassemblait quatre constructions : une entrée avec les services, un bâtiment principal qui contiendrait l’essentiel du musée, une tour qui en est comme le signal, et enfin une sorte de sanctuaire de proportions plus modestes. L’ensemble assez bas et de lignes sobres, s’insérait, sans le heurter, dans ce décor de grands arbres sauvages, sur un fond de hautes collines mouvementées. L’architecte fut secondé par un jeune confrère de Tahiti, Rodolphe Weinmann et le décorateur René Dessirier.

Un musée ou plutôt un mémorial Gauguin

Le musée est dédié aux œuvres et à la vie de l’artiste Paul Gauguin en Polynésie et possède une collection d’environ 350 œuvres, essentiellement des dessins et des peintures – dont un Modigliani, un Buffet, tableaux donnés par la veuve du galeriste Henri Bing – ainsi que cinq objets originaux de Gauguin : trois cuillères sculptées en bois, une céramique et un bois gravé appelé « Te Atua », des gravures et des lettres. Le reste de la collection est constitué de reproductions de tableaux de celui que les Marquisiens appelaient Koké, mais aussi de dons d’artistes internationaux (Crocq, Kijno, Mordvinoff…).

La première année, le Musée reçoit quinze mille visiteurs. Des personnalités du monde des arts et de la politique y font halte : deux chefs d’Etats, le Général de Gaulle et le Président de la République italienne Giuseppe Saragat, Alfred Hitchcok ou Brigitte Bardot. Parmi ces visiteurs de marque, tous séduits par cette création originale, Madame Henri Bing, veuve du célèbre marchand de tableaux, décide d’offrir une vingtaine d’oeuvres de maîtres contemporains avec pour seule exigence la construction d’une salle adaptée aux conditions climatiques de Papeari. Ce qui fut réalisé en 1979.

Gilles Arthur, faisant visiter le musée Gauguin au président Charles de Gaulle et sa femme Yvonne

Gilles Arthur, faisant visiter le musée Gauguin au président Charles de Gaulle et sa femme Yvonne

Gilles Artur, conservateur du Musée Gauguin pendant plus de 30 ans

D’abord professeur en Nouvelle-Zélande au début des années cinquante, Gilles Artur s’établit en juillet 1964 à Tahiti. En janvier 1965, il est nommé conservateur du récent musée Gauguin et conservera le poste pendant 30 ans. Il crée l’Association des Amis du musée Gauguin, qui associera le mécénat artistique à l’organisation de manifestations culturelles tout le long des années 70 et 80.

La tour du musée Gauguin

La tour du musée Gauguin

L'intérieur du musée Gauguin

Un coin du musée Gauguin

Le musée Gauguin ferme ses portes en 2013

Depuis 2013, le musée Gauguin est fermé au public. Tombé en désuétude par manque d’entretien, il est comme une verrue sur la carte touristique de Tahiti. Les travaux s’arrêtent, recommencent. Les projets échouent ou ne voient jamais le jour. Un projet dans un concept différent serait en préparation, mais il faudra attendre encore combien de temps ? Comment les ministères du Tourisme qui se sont succédé ont pu laisser pourrir ce qui n’aurait jamais dû cesser d’être un site culturel incontournable ?

LE MUSEE EST FERME

Commentaires

Source :

Gilles Artur. Notice historique du Musée Gauguin de Tahiti. Journal de la Société des Océanistes Année 1982 74-75 pp. 7-17
Riccardo Pineri : In memoriam Gilles Artur (1928-2003) Le Journal de la Société des Océanistes 119 | 2004
Archives Tahiti Heritage
Photos 1,2 et 3 Rodolphe Weinmann

 


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