Découvrez la belle légende du Umuhei, ce bouquet végétal aromatique confectionné par les marquisiennes depuis des générations. Ces vahine de la terre des hommes le portaient en bouquet dans leur cheveux ou en couronne de tête pour développer leur sensualité et éveiller les ardeurs masculines.
Un secret parfumé né dans le cœur des Marquises
Le Umuhei n’est pas un simple bouquet : c’est une caresse végétale façonnée par les mains des femmes marquisiennes, un voile parfumé déposé dans les cheveux pour réveiller le désir, un souffle d’île qui parle aux sens avant même de toucher la peau.
Il porte en lui la puissance de l’océan, l’ombre des vallées profondes, la lumière des fleurs sacrées.
Il est l’âme des Marquises, tressée en fragrances.
La légende du Umuhei : un murmure venu de la vallée d’Omoa
Les amants de la vallée d’Omoa
Au temps où les montagnes chantaient encore le nom des hommes, vivaient dans la vallée d’Omoa à Fatu Hiva deux êtres unis par un amour profond : Tohiàu et Tevaitotokuapekaòa. Leur vie coulait comme l’eau claire des cascades jusqu’au jour où des plaies mystérieuses apparurent au pied de Tevaitotokuapekaòa. Aucune plante, aucun baume, aucun chant n’apporta de guérison.
Alors, dans un souffle d’espoir, elle demanda à son époux de chercher des plantes au fond de la vallée, là où seuls les esprits osent marcher à la tombée du jour.
Quand la vallée devient un monde d’ombres
Tohiàu, fidèle et dévoué, s’y rendit.
Le soleil se couchait, couvrant les montagnes d’un manteau rouge et or.
La vallée, quant à elle, s’assombrissait comme une gorge profonde où même le vent hésite à pénétrer. Une inquiétude légère effleura son cœur, semblable au frisson qui précède la nuit.
Puis elle apparut.
Une vahine hae, un esprit féminin, une revenante au visage mouvant, glissant dans les airs comme une fumée blanche. Elle cherchait à l’effrayer, à tester sa force, à mesurer son âme. Ses grimaces déformaient le monde, ses yeux devenaient aussi grands que la lune, sa langue touchait presque la terre.
Tohiàu trembla, mais ne fuit pas.
La nuit l’enveloppa, et il chercha refuge dans une grotte, tandis que dans le lointain, la voix de sa femme montait dans l’air : un chant anaunau, fragile comme un fil d’or, puissant comme l’amour.
Tohiàu e e hua
Tohiàu e e hua
E hua te poèa e hua
A hua mai òe io to vehine
O Tevaitotokuapekaòa.
Chaque note traversait la forêt, traversait les pierres, traversait le cœur de Tohiàu.
L’aube, révélatrice de beauté
Lorsque l’aube se leva, la revenante abandonna son masque terrifiant pour devenir une femme d’une beauté saisissante.
Tohiàu lui parla de sa quête, de son amour, de la maladie qui rongeait le pied de son épouse. La vahine hae, touchée par la sincérité de cet homme, lui promit un remède et lui donna rendez-vous le lendemain.
Le destin qui s’accomplit dans un parfum
Vahine hae essayait à nouveau de l’effrayer. Elle faisait de terribles grimaces : sa langue pendait jusqu’au sol, ses yeux devenaient énormes. Tohiàu avait droit à d’autres affreuses grimaces. Cela dura toute la nuit jusqu’à l’aube. Au petit matin, la revenante prit son aspect humain. Elle devenait une belle femme.
Alors Tohiàu lui dit : « Pourquoi as-tu voulu me faire peur ? Pourquoi m’as-tu fait d’horribles grimaces ? Il suffisait de me parler ».
Elle lui répondit : « Pourquoi donc es-tu venu traîner au fond de la vallée, ce n’est ni le lieu ni l’heure pour des humains.
– « Si je suis là, c’est parce que ma femme est malade. Ses plaies au pied ne veulent pas guérir. Alors je suis venu pour ramasser des plantes afin de la soigner. »
Il lui expliqua en détail comment cela lui était arrivé, que cela s’est passé lorsque sa femme est monté sur un ùpe sacré, interdit aux femmes. La revenante lui expliqua donc que ce sont les morts qui rongeaient le pied de sa femme et elle lui demanda de rentrer chez lui. Puis elle lui donna rendez-vous le soir suivant, à la même heure pour qu’elle lui remette le remède qui soignerait la plaie de sa femme.
Retour les mains vides
Après l’avoir compris, il retourna auprès de sa femme qui lui demanda : « Pourquoi n’es-tu pas rentré hier soir ? »
– « J’ai été surpris par la nuit et je n’ai pas pu rentrer. J’ai entendu ton anaunau. Mais il faut que je retourne de nouveau dans la vallée. J’ai rencontré une revenante (vehine hae) Elle me donnera un remède pour te guérir. »
– « Je suis inquiète ne retourne pas, tout ça me fait peur. »
La seconde expédition dans la vallée
Tohiàu dit bien que c’était pour récupérer un remède pour la soigner qu’il devait retourner au fond de la vallée. Ils dinèrent ensemble avant de partir. Ensuite, il remonta dans la vallée jusqu’à la grotte. Il attendit Vahine hae, la revenante, qui lui apparut dans une forme encore plus effrayante. Il n’avait pas peur et attendit patiemment jusqu’à l’aube. Soudain le sol se mit à trembler sous ses pieds. La grotte bougeait. La revenante faisait tout pour l’effrayer. Mais Tohiàu n’avait pas peur.
Il sortit de la grotte et vit la revenante qui volait autour de lui avec un récipient (òipu) dans les mains. Ce òipu contenait le remède de sa femme. La revenante continuait à voler en regardant dans toutes les directions. Aussi, Tohiàu attendit le moment propice pour se saisir du récipient. Il pensait tout bas qu’en trois enjambées, il arriverait sûrement à avoir le récipient. Profitant que la revenante eut le dos tourné il courut mais au bout de deux enjambées, la revenante se retourna et l’aperçut. Elle lui lança le récipient à la tête.
Le parfum se répandit dans toute l’île
A ce moment l’òipu se cassa et laissa échapper tous ses parfums dans la vallée d’Omoa. Le parfum se répandit dans la vallée et dans toute l’ile de Fatuiva, puis ensuite dans toutes les autres îles des Marquises.
Lorsque Tevaitotokuàpekaoa sentit le parfum, la tête de Tohiàu roula à ses pieds. Elle comprit alors pourquoi son mari était allé dans la vallée et pleura longtemps sur la tête de son époux puis voulut disparaitre avec lui. Elle se dirigea vers la mer, mais au fur et à mesure qu’elle avançait dans l’eau, la mer bouillonnait autour de son pied malade. Son pied guérissait grâce à la mer. Son chagrin redoublait car elle aurait pu guérir sans que son mari ne se sacrifie pour aller au fond de la vallée et y trouver la mort.
Grâce à son sacrifice, l’île de Fatuiva (Fatu Hiva) a gardé le savoir-faire du Umuhei.
Umuhei : l’harmonie sacrée des parfums polynésiens
Le Umuhei, trésor olfactif des îles Marquises, puise son nom de la contraction de deux mots polynésiens : umu, qui signifie aphrodisiaque, et hei, la couronne de fleurs. À lui seul, ce nom évoque déjà la puissance sensuelle et la délicatesse florale de cette composition traditionnelle :
- des fleurs de tiare tahiti, d’avaro, de ylang-ylang, de pua,
- des racines de vétiver teintées avec du rea tahiti (curcuma),
- des fleurs de putara (agerate bleue),
- des yeux d’ananas saupoudrés de poudre de santal,
- des feuilles de menthe et de basilic,
- des bractées odorantes de fara (pandanus), appelées Hinano
- ainsi que des pelures de drupes rouges et odorantes de pandanus.
Un rituel d’amour aux temps anciens
Autrefois, lors des mariages royaux à Fatuiva, le Umuhei occupait une place centrale dans les rites de séduction. La future épouse était enveloppée, la veille des noces, dans un tapa — un tissu végétal — rempli du précieux mélange parfumé. On y ajoutait même un peu de fumée de tabac pour intensifier les arômes avant de refermer le tout.
Lors du mariage, lorsque l’époux découvrait son « paquet-cadeau », un nuage envoûtant s’échappait du tapa. Le parfum, irrésistible, était censé captiver le cœur du marié et renforcer l’union des deux êtres.
Une tradition toujours vivante
Aujourd’hui encore, aux Marquises comme à Tahiti, le Umuhei continue d’accompagner les gestes de beauté et de séduction. Certaines femmes marquisiennes glissent dans leurs cheveux ces petits bouquets parfumés, que ce soit par coquetterie, par respect des traditions ou simplement pour le plaisir de porter cette fragrance emblématique de leur culture.
Sources :
Olivier BABIN. 2007
Direction de la Culture et du patrimoine de la Polynésie Française
I.A. 22 nov 2025
Photos Tahiti heritage / Olivier Babin







