Les plantes à usage tinctoriale occupent une place essentielle dans la culture polynésienne. Elles transforment feuilles, fleurs, sève et racines en pigments naturels. Grâce à ces ressources végétales, les artisans teignaient les tapa, les monoï et de nombreux objets rituels. Aujourd’hui encore, la tradition tinctoriale révèle un patrimoine vivant, riche et coloré.
Une palette tinctoriale exceptionnelle en Polynésie
La Polynésie offre une diversité remarquable de plantes tinctoriales. Chaque espèce produit une couleur unique. Les artisans obtenaient ainsi toutes les nuances nécessaires à leurs créations.
Teintures noires
- Apape (Rhus taitensis), feuilles.
- Tiairi Bancoulier (Aleurites moluccana), amandes calcinées.
- Tutae pua’a (Mucuna gigantea), feuilles.
Teintures jaunes
- Nono (Morinda citrifolia), partie interne d’écorce de racine,
- Miro Bois de rose (Thespesia populnea), fruit,
- Tamanu (Calophyllum inophyllum), amande pilée
- Curcuma (Rea tahiti) rhizome,
Teintures rouges
- Motuu (Melastoma denticulatum), baies,
- Fenia (Homalanthus mutans), partie interne d’écorce du tronc,
- Mape, Châtaigner tahitien (Inocarpus fagifer), sève.
Teintures bleues
- Plumbago Dentelaire du Cap
- Coeur de boeuf (Annona reticula)
Teinture rosée
- Tiairi Bancoulier (Aleurites moluccana), partie interne d’écorce du tronc.
- ‘Aito Bois de fer (Casuarina equisetifolia), partie interne d’écorce du tronc.
- Noix de coco (Coco nucifera) Enveloppe verte des jeunes noix
Teintures brunes
- Mati (Ficus tinctoria), baies et Tou (Cordia subcordata), feuilles.
- Bananier (Musa spp.), sève.
Teintures oranges
- Pua (Fagraea berteriana), fruits mûrs.
- Fara Pandanus (Pandanus tectorius), partie interne d’écorce de la racine ;
Teintures violettes
- Aute Hibiscus (Hibiscus rosa-sinensis), fleurs,
- Purau (Hibiscus tiliaceus), fleurs.
- Fei, Bananier plantain des montagnes (Musa trogodytarum), sève.
Teintures vertes
- Papayer (Carica papaya), feuilles.
- Coleus, Vieux garçon (Plectranthus scutellarioides) feuilles.
Méthodes traditionnelles d’extraction tinctoriale
Les techniques tinctoriales varient selon la partie de la plante utilisée. Les artisans respectaient chaque espèce pour préserver la qualité du pigment.
Extraction tinctoriale à partir des feuilles
On pile les feuilles. On ajoute un peu d’eau. Le pigment se libère rapidement.
Extraction tinctoriale par la sève
On incise le tronc ou on écrase les graines. La sève du Fe’i, abondante et violette, reste l’une des plus puissantes de Polynésie.
Extraction tinctoriale par l’écorce
On retire l’écorce externe. On gratte l’écorce interne. Elle macère ensuite dans de l’eau fraîche.
Extraction tinctoriale des fruits et racines
On râpe, puis on presse les fruits ou les racines pour obtenir le jus colorant.
Les noix calcinées de Tiairi sont ensuite mélangées à un peu d’eau.
Pour fixer les couleurs tinctoriales, les artisans ajoutent souvent une poudre d’Opuhi Tahiti pilée.
Les grandes plantes tinctoriales de Polynésie
Le rocouyer : une référence tinctoriale rouge

Le rocouyer, appelé à Tahiti « rouge à lèvres » est connu depuis longtemps pour ses graines rouges, qui permettent d’obtenir différentes nuances de rouges.
Les Indiens d’Amérique, notamment, l’utilisaient pour leurs peintures corporelles. Actuellement le rocouyer est utilisé pour produire un colorant alimentaire sous le code E160b, qui apporte cette couleur orangée aux fromages comme la mimolette ou le cheddar, aux filets de haddock, aux chips…
Lire la suite…
Le Fe’i : la plante tinctoriale la plus puissante des montagnes

Le Fe’i, bananier plantain des montagnes, occupe une place centrale dans l’art tinctoriale polynésien.
- Sa pulpe mûre devient rouge. Après cuisson, elle vire au jaune orangé.
- Son pigment traverse l’organisme et colore les urines en jaune verdâtre.
- Son tronc libère une sève violette abondante, presque indélébile.
- Les anciens Polynésiens l’utilisaient pour recopier la première Bible apportée par les missionnaires. Ils trempaient des tiges de bambou dans la sève tinctoriale du Fe’i.
- . Lire la suite…
L’Opuhi tahitien

Les feuilles aromatiques de l’opuhi des vallées (Alpinia purpurata), écrasées avec l’écorce de nono donnent un colorant jaune peu solide que les tahitiens stabilisent en ajoutant quelques râpures d’amande d’ati.
Lire la suite…
Le Nono

Sa racine produit une teinture jaune lumineuse. Elle colorait les more (jupes de danse en fibres de Purau). Les racines étaient râpées avec un couteau puis mises à macérer dans une calebasse avec de l’eau additionnée de jus de citron. Le liquide était ensuite passé à travers un linge, et les more étaient trempés, à froid, dans le bain de teinture.
Au contact d’une solution basique, la teinture de nono prend une teinte rouge cerise. On tirait parti autrefois de cette réaction en employant un lait de chaux, additionné d’une décoction de racine de Nono, pour badigeonner les murs et les charpentes des maisons. Lire la suite…
La Papaye

On extrait des feuilles de papaye écrasées une teinture verte, qui était utilisée pour teindre les tapa (tissus végétaux).
Lire la suite…
Rea Tahiti, Curcuma

Le Curcuma longa fournit un jaune brillant. Il était largement employé pour teindre les vêtements. Mélangé à de l’huile de coco, il servait aussi pour les peintures corporelles rituelles.
Lire la suite…
Mati et Tou

Les feuilles fraîches de Tou mélangées et broyées avec des figues de Ficus tinctoria (Mati) développent une couleur rouge qui servait à teindre les tapa, le visage et le monoï. Pour préparer la teinture, on pressait légèrement chaque figue et on laissait tomber deux ou trois gouttes de suc sur une feuille de Tou. Les feuilles imprégnées de ces gouttes, étaient empilées les unes sur les autres et pilées . La couleur rouge apparaît instantanément.
De nouveaux colorants naturels
Actuellement, dans plusieurs pays, le développement des recherches de nouvelles sources de colorants tirés du monde végétal montre l’intérêt de valoriser diverses parties de plantes principalement exploitées pour d’autres usages. C’est le cas de notre cocotier dont les des jeunes noix vertes donnent une très belle teinture « vieux rose » et des feuilles de Coleus (vieux garçons) qui donnent une belle teinture vert clair.

Démonstration de teintures végétales organisée pour les élèves par le Service de la Culture et du Patrimoine
Sources :
Gilbert Cuzent, recherche sur les productions végétales. Edition Haere Po No Tahiti.
Mémoires de la Société nationale des sciences naturelles de Cherbourg, volume 20
Paul Pétard, Les plantes tinctoriales polynésiennes, 1955 Journal d’agriculture tropicale
Service de la Culture et du Patrimoine. Doris Maruoi, TAPA et Teintures végétales.
Plantes tinctoriales des traditions et sociétés du Pacifique : de la sauvegarde des savoirs aux nouvelles perspectives d’application. Ethnopharmacologia, n°46, décembre 2011
Tutana de Tahuata (Marquises)
Olivier Babin, Des plantes pour colorier. Tahiti Infos, sept 2016
IA 01 dec 2025





